Présidentielle 2027 | le bal des présomptueux #1

Il est évident que c’est ma dernière candidature. C’est même un argument en ma faveur : je suis le seul à ne pas organiser une carrière (sic).
Jean-Luc Mélenchon | Dauphiné libéré, 6 août 2021

Dans moins d’une année, les Français vont être appelés aux urnes pour l’élection qui émoustille les médias, les personnalités politiques et les citoyens. Puisque nous avons le droit d’élire notre prochain « roi » républicain (je laisse volontairement au masculin), ne boudons pas notre plaisir.
D’ici le premier tour dont la date n’est pas encore fixée, tout sera dit et son contraire, et je n’échapperai pas à la règle.

jeu d'échecs avec un pion blanc qui renverse un pion noir
Depuis le déclenchement de l’intervention américaine en Irak, les prix flambent, le pétrole a explosé (sic), les approvisionnements sont perturbés, et ce sont les Français les plus modestes qui paient la facture.
Le petit Jordan | discours du 1er mai, à Mâcon

Ce fut, probablement, le dernier meeting en duo de la cheffe naturelle du Rassemblement national et de son « fils adoptif » lors de la fête du 1er mai, à Mâcon. Les deux leaders de l’extrême-droite française ont voulu montrer qu’ils étaient sur la même longueur d’onde, exercice périlleux lorsque l’on veut d’un côté flatter un électorat populaire, qui a probablement des fins de mois compliquées, et un électorat de dirigeants d’entreprise, capitaines d’industrie, héritiers ou non. Un exercice de gymnastique qui ne fait pas peur à Tic et Tac qui savent, sans rougir, ni pouffer, adopter la rhétorique trumpiste. Mentir, mentir, mentir. Dire tout et son contraire, parfois dans la même phrase.
Il n’est pas inutile de plonger, comme le font Thimotée Duverger et Thierry Germain pour la Fondation Jean Jaurès, dans le programme de l’extrême-droite :

À l’examen, le programme du Rassemblement national est donc plus anti-social qu’anti-système, des traits que l’on retrouve très nettement dans les pays où l’extrême droite gouverne, comme l’Italie de Giorgia Meloni. Rien d’étonnant à ce qu’un axe (bien peu social !) apparaisse de plus en plus clairement entre certains milieux d’affaires et le RN au nom d’une « union des droites » qui est surtout une revanche des extrêmes droites, le tout en s’appuyant sur des divisions et fractures qu’il s’emploie à exploiter bien plus qu’il n’a réellement l’intention de les résoudre.
Articuler urgences écologiques et nouvelles solidarités est pourtant le point majeur de ce virage climatique que nos pays doivent rapidement mettre en œuvre à présent, cela sans se fracturer davantage. Mensonger sur ses intentions sociales et bâti sur les tensions – notamment à l’encontre des étrangers –, le programme du Rassemblement national va exactement à rebours de cela. En ce sens et si ce moment devait venir, il ne peut que se retourner contre les classes moyennes et populaires, contre le peuple.

Madame Le Pen, depuis peu, pour se détacher de son étiquette de socialiste (hahahaha), et se rapprocher du discours de son protégé télécommandé par les acteurs du MEDEF, commence à instiller dans ses interventions TOUTES médiatisées, un vocabulaire cher au président de la Région AURA, partisan très actif de l’union des droites… Une pensée émue pour les électeurs de droite qui n’assimilent pas l’extrême-droite à la droite.
Ce même jour, fête des travailleurs et des travailleuses, Laurent Wauquiez, monsieur le-cancer-de-l’assistanat, et le premier ministre, Sébastien Lecornu, mettaient en scène leur idylle dans une boulangerie du Puy-en-Velay, au grand dam de l’ex-ministre éphémère de l’intérieur, Bruno Retailleau, monsieur l’état-de-droit-ça-n’est-pas-intangible-ni-sacré. Juste pour la rigolade (ou pour s’énerver, c’est selon), on rappelle les affaires de l’Auvergnat, ici, encore ici, et toujours , sur son utilisation des deniers publics. Il a bien raison… le cancer de l’assistanat…

Les journalistes français apprécieront. Jean-Luc Mélenchon a décidé d’éviter le plus possible les détenteurs de la carte de presse « mainstream » (du courant dominant) pour privilégier les laudateurs et les influenceurs, oserais-je écrire comme la chose orangée outre-Atlantique ? Il a choisi la Journée internationale de la liberté de la presse pour officialiser sa participation à la course de petits chevaux, au 20 heures de TF1 (ouh la, très « mainstream« …). L’homme providentiel, indispensable, irremplaçable, de « l’ancienne France« , est apparu mielleux comme il sait le faire en début de campagne. Ça se gâte rapidement. L’audimat a plongé, ce qui est normal pour une chaîne appréciée majoritairement par un électorat de droite. Le même phénomène s’était produit au 20 heures de France 2 lorsque le petit Jordan avait été invité pour… on ne sait plus.
Rappelons-nous qu’en 2023, le leader des insoumis affirmait ne pas être candidat pour représenter La France insoumise à la présidentielle 2027 devant les caméras de télévision, soutenant son poulain, le député Adrien Quatennens, condamné à 4 mois de prison avec sursis pour violences sur son épouse
Ça va, messieurs ? On ne vous dérange pas ?

Ce lundi soir, Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance, réunissait ses troupes pour valider le mode désignation du candidat du parti pour 2027, plutôt favorable au dirigeant du parti présidentiel. Selon Politico, certains proches du président de la république s’agacent : « le parti n’est pas un fan club”. Les hommes politiques sont drôles parfois, sans le savoir…
Le « petit frère » d’Emmanuel Macron, très remonté depuis la dissolution, affiche donc ses ambitions pour 2027. Nous ne savons pas si Édouard Philippe, le premier « premier ministre » de l’ère macroniste, et Gabriel Attal ont véritablement fait un pacte sur un éventuel retrait de celui qui serait le plus mal placé dans les sondages. S’ils l’ont fait, on suppose que chacun croit en sa chance. Les présomptueux…
Misogyne, le comité de liaison, à droite et au centre, pour la présidentielle ? Franck Riester (Renaissance), Marc Fesneau (Modem), Hervé Marseille (UDI) et l’incontournable ancien ministre, maire d’Angers, Christophe Béchu (Horizons) sont de la partie et avaient, toujours selon Politico, oublié d’y convier Nathalie Delattre (Parti radical).
Ça va, messieurs ? On ne vous dérange pas ?

« Parce qu’il n’y a pas que l’élection présidentielle« , il trotte dans les têtes des uns et des autres les prochaines législatives qui devraient suivre. Un groupe transpartisan de députés – Erwan Balanant, député (Mouvement démocrate) du Finistère ; Guillaume Gouffier Valente, député (Ensemble pour la République) du Val-de-Marne ; Jérémie Iordanoff, député (Les Ecologistes) de l’Isère ; Marie Récalde, députée (Parti socialiste) de la Gironde – a organisé, à l’Assemblée nationale, un débat « La proportionnelle : le scrutin est ouvert« . Il ne faut pas oublier qu’après la présidentielle, il est probable que le victorieux (oui, je laisse volontairement au masculin) souhaitera tenter sa chance, comme au jeu du Loto, de remporter une majorité absolue. Comme à ce jeu de hasard, la probabilité est de plus en plus faible d’y parvenir, si de plus on « ouvre le scrutin » à la proportionnelle. En revanche, les différentes sensibilités des Français y seraient représentées… mais à quel prix ?
« Parce qu’il n’y a pas que la présidentielle« , c’est aussi le message que veut faire passer Jean-Jacques Urvoas, ancien Garde des sceaux de François Hollande, au parti socialiste. De François Hollande, on reparlera car, comme TOUS les anciens présidents pas encore décédés ou incarcérés, il rêve de retrouver les ors de la république. Ainsi, pour le professeur en droit public à l’Université de Bretagne occidentale :

« […] par inertie ou par cécité, le PS, les Verts, le PCF et LFI persistent à se perdre dans d’interminables querelles de procédure, comme si l’avenir de la gauche dépendait du choix d’un nom sur une affiche. À les observer, tout se jouerait dans la désignation du candidat miracle, celui ou celle qui, à l’arrivée, risque surtout d’être éliminé dès le premier tour, laissant à la droite le privilège d’affronter l’extrême droite. C’est une étrange passion que celle-ci : s’épuiser à organiser la défaite, comme si l’enjeu n’était plus de gouverner, mais d’obtenir un délai de grâce dans une énième course de petits chevaux. »

Élisabeth Borne, seule femme première ministre d’Emmanuel Macron, et deuxième de toute la Vème république, quitte le parti Renaissance et fait le tour des médias. Elle embarque avec elle les anciens ministres qui avaient pourtant bien profité de la macronie : Eric Dupond-Moretti, Marc Ferracci, Stéphane Travert, Agnès Buzyn, Nicole Belloubet, Astrid Panosyan-Bouvet ou le député Guillaume Gouffier Valente (encore lui). L’avant-veille, l’ancienne locataire de Matignon s’affichait à l’Assemblée nationale avec Marc Fesneau (Modem) au débat évoqué plus haut. Inséparables, ils organiseront le 18 mai un colloque consacré à l’état de droit, discrédité non seulement par le patron des Républicains mais aussi par son très jeune successeur à Matignon. Parce que beaucoup considèrent que c’est incontournable et que cela fait presque office de programme, elle publie un livre Réveillons-nous ! Appel à un rassemblement républicain et démocrate, une liste de griefs contre ses anciens collègues de travail, notamment « la banalisation des idées de l’extrême-droite« . Que n’avait-elle pas démissionné… Bref, « madame 49.3 » comme l’appellerait son ancien patron (qui n’a pas protesté à l’époque sur le recours massif à l’article « sauve-qui-peut ») a créé son micro parti Bâtissons ensemble.

Drame rue de Solferino boulevard Saint-Martin. Dans la famille Vallaud-Belkacem, je choisis Boris qui a décidé de claquer la porte, après un suspense assez soutenable. Le premier secrétaire du parti socialiste perd sa majorité, et la gauche peut-être l’opportunité de se retrouver au second tour de l’élection. On peut comme Jean-Luc Mélenchon se moquer du chef de file des députés (il va devoir quitter la présidence) dont le courant s’appelle Unir et qui vient de signer un manifeste Construire 2027 (bâtissons, construisons…), avec Raphaël Glucksmann, co-président de Place publique, et Yannick Jadot, sénateur Les écologistes.
Ça va, messieurs ? On ne vous dérange pas ?
Le parti socialiste n’avait déjà plus d’idées, il les piquait, lors des dernières municipales, aux groupuscules – L’Après, Place publique, Les écologistes – gravitant autour d’une machine de campagnes électorales bien organisée.
L’idée d’une primaire semble enterrée. Était-ce d’ailleurs une bonne idée quand on se rappelle que Benoît Hamon qui avait remporté la primaire citoyenne en 2017 obtenait, à l’époque, le plus faible score de la gauche socialiste depuis Gaston Defferre, avec 6,36 % des suffrages exprimés ? Depuis, l’ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo avait explosé les scores et n’avait même pas atteint le misérable taux de 2% dans la course à la présidentielle. On vous le confirme, les Français ne sont pas prêts de propulser à la « fonction suprême » une femme. Soupirs. Les partis politiques pensent probablement faire le bon choix en ne mettant en avant que les hommes, et en répondant à la misogynie des Français et des Françaises. Ont-ils vraiment raison ? Surprenez-nous.
Ce jour du 8 mai est aussi la dernière commémoration, pour Emmanuel Macron, de la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945. Ne jamais oublier.

En cette Journée de l’Europe, il est intéressant d’observer quels partis et quels candidats mettent en lumière ce rendez-vous qui est aussi le 40e anniversaire des premières célébrations officielles de cette Journée et de l’utilisation publique du drapeau et de l’hymne de l’UE. L’une des ruptures, à droite comme à gauche, n’est pas l’importance que les partis accordent à l’Union européenne. Ils lui en accordent tous. L’un des critères de notre choix en 2027 se fera, entre autres, sur l’adhésion à un avenir commun avec nos pays voisins, ou sur une litanie de critiques de cette construction, de cet espace de valeurs, qui ne fera que fragiliser un édifice qui se fissure de l’intérieur. L’alliance du Parti Populaire Européen et de l’extrême-droite est bien emmenée par François-Xavier Bellamy. Mais où trouve-t-il toute cette énergie ? Dans la haine, dans les intérêts privés et catégoriels, et probablement dans une vue à très court terme, l’une des faiblesses de l’homo politicus.
Ce samedi, Journée de l’Europe, Peter Magyar, vainqueur sur Viktor Orbán aux législatives hongroises du 12 avril, est officiellement investi premier ministre.

Il y a 45 ans, François Mitterrand accédait au pouvoir après deux tentatives (1965 et 1974), le 10 mai 1981, en battant le président sortant, Valéry Giscard d’Estaing, avec 51,76 % des suffrages exprimés. Il est ironique de noter que, jusqu’à un âge avancé, l’accordéoniste amateur avait ce fantasme de se confronter encore au suffrage universel. Nicolas Sarkozy, également, qui s’est fait humilier à la primaire des Républicains en vue de la présidentielle 2017. L’homme n’a jamais digéré l’échec face à François Hollande. Jean-Luc Mélenchon, et ses 422 000 voix derrière Marine Le Pen qui continuent de lui rester en travers de la gorge, est lui aussi dans la revanche et surtout le ressentiment. Pourquoi devrions-nous n’avoir comme choix que ces personnes animées par leur ego plus que par l’intérêt général ?
C’est la date que choisit, symboliquement ou inconsciemment, Édouard Philippe pour réunir les cadres de son petit parti Horizons, à Reims. C’est peut-être le lieu qui le « sacrera » candidat de l’élection présidentielle. S’il reçoit des soutiens de Jean-François Copé ou de Valérie Pécresse, ceux-ci ne seraient pas prêts, encore, à quitter Les Républicains. Le matin, invité sur France info, l’un de ses lieutenants, Frédéric Valletoux, ex-maire de Fontainebleau, éphémère ministre délégué dans le gouvernement Attal, actuel président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, ne s’avançait pas trop sur une officialisation de la candidature de son patron cet après-midi. Il eut aussi cette réponse malheureuse quand on l’interrogeait sur les chances d’Édouard Philippe de remporter l’élection pour la droite et le centre de rappeler que l’on n’attendait pas non plus qu’il conservât son mandat de maire au Havre… On a connu plus grand soutien.
En ces temps de haine et de manipulation des esprits, il est fondamental de rappeler ce que fut l’horreur avec cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Pendant ce temps…
… les affaires de fraude fiscale, de corruption, de crimes sexuels des acteurs politiques apparaissent quasiment au quotidien : ici, encore ici, et .

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