Un miniTrump parmi tant d’autres

Comment décrire ce que Trump souhaite pour l’Amérique ? Le terme « autoritarisme » n’est pas suffisant. Il s’agit plutôt de « fascisme ». Le fascisme représente un ensemble cohérent d’idées différentes de celles de l’autoritarisme, et plus dangereuses encore. Pour lutter contre ces idées, il est nécessaire d’être conscient de leur nature et de leur articulation.

Faites le test autour de vous lorsque vous qualifiez Jordan Bardella, Sarah Knafo, Marine Le Pen et la nièce de (col-)porteurs d’idées d’extrême-droite. De même pour Donald Trump, Giorgia Meloni, Viktor Orbán, ou Robert Fico, pour celles et ceux qui ont éventuellement entendu parler de ces deux derniers premiers ministres, hongrois et slovaque. Les gens s’offusquent. « Non, les mots ont un sens, cela n’a rien à voir avec les années 30 ». Vraiment ?
Notre paresse naturelle nous amène à lire les seuls gros titres et nous fait retenir les petites phrases. Presque personne ne s’attache à décortiquer les discours – parfois policés – et les votes des uns et des autres aux parlements national et européen contre les droits des femmes, des minorités, contre l’Ukraine et conséquemment pour l’autocrate russe, etc. Au fur et à mesure, les liens se serrent aussi entre le Parti Populaire Européen (PPE) et les composantes de l’ultra-droite nationaliste au parlement européen, Patriotes pour l’Europe, Conservateurs et réformistes européens et L’Europe des nations souveraines qui inclut la « délicieuse » AfD (Alternative für Deutschland), pratiquant le dog whistling en référence aux codes nazis.
Oui, Jordan Bardella, Marion Maréchal Le Pen, Marine Le Pen, Sarah Knafo et consorts sont des dirigeants de partis d’extrême-droite. Oui, la droite dite républicaine piétine depuis plusieurs lustres les plates-bandes de ces premiers.
Suite au meurtre du militant néo-nazi, l’ultra-droite a profité de l’événement pour un petit défilé pré-printanier, et les dirigeants du Rassemblement national, ou de Reconquête pour se refaire une virginité. « Attack, attack, attack – Lie, lie, lie – Deny, deny, deny ». La nièce du tortionnaire en Algérie, sans vergogne, affirme que « la violence d’extrême droite est dérisoire » et qu’elle « n’existe pas dans notre pays ». Ce qui est factuellement faux.
Mais que pense la pièce de rechange de Marine Le Pen, j’ai nommé le petit Jordan ? S’il pense quelque chose… Qui est-il ?

crédit photomontage : emmanuel-monfort

En France, de nombreux électeurs et des commentateurs politiques médiatisés ont encore des pudeurs de gazelle lorsqu’il s’agit d’appeler un chat, un chat.
Oui, Giorgia Meloni est à la fois la présidente du Conseil italien et la cheffe de file d’un parti d’extrême-droite, Fratelli d’Italia. Dans un précédent article sur la donna, j’écrivais ceci : « Partenaires de Giorgia Meloni dans ses ambitions nationales, les plus extrêmes ont imposé, lors de la création du parti Fratelli d’Italia, un logo flanqué de la flamme tricolore, signe de ralliement des néofascistes du MSI. Giorgia Meloni sait que cette flamme a toujours été une référence explicite à celle qui brûle sur la tombe de Benito Mussolini et constitue donc le principal symbole du néo-fascisme italien. »
Oui, l’héritière politique et le petit Jordan sont les stars et les dirigeants, pour l’instant, d’un parti fondé en 1972 par un ancien tortionnaire en Algérie, Jean-Marie Le Pen, et « les anciens Waffen-SS Pierre Bousquet et Léon Gaultier, des sympathisants néonazis tels que François Duprat et des nostalgiques de l’Algérie française, tels que Roger Holeindre, membre de l’Organisation de l’armée secrète (OAS). » (source : Wikipédia)
Non, le fascisme n’est pas la propriété de Benito Mussolini.

Robert Reich, ancien secrétaire au travail de Bill Clinton, avait proposé, dans un billet consacré au « plus grand économiste et faiseur de paix du monde », Donald Trump, une définition du fascisme en cinq points en s’inspirant à la fois d’Umberto Eco, mais aussi des historiens Emilio Gentile et Ian Kershaw, du politologue Roger Griffin ou même de l’ancienne Secrétaire d’État américaine, Madeleine Albright.

  1. Le rejet de la démocratie, de l’État de droit et de l’égalité des droits devant la loi au profit d’un homme fort qui interprète la volonté populaire | « […] l’État de droit, ça n’est pas intangible, ni sacré… », Bruno Retailleau, Journal du Dimanche, 28 septembre 2024 | Une condamnation judiciaire qui empêcherait Marine Le Pen de se présenter à la présidentielle de 2027 « serait profondément inquiétante pour la démocratie », a affirmé lundi 12 janvier 2026 le président du Rassemblement national Jordan Bardella, lors de ses vœux à la presse, en soutien à l’ancienne n° 1 du parti d’extrême-droite.
  2. La mobilisation de la colère populaire contre les élites culturelles | Les cibles de Jordan Bardella sont majoritairement des personnalités comme Ursula von der Leyen, Nathalie Loiseau, les « technocrates nationaux ou européens », le milieu artistique également. Cependant, ces derniers temps, l’homme semble en contradiction avec « ses » livres ou « ses » discours lorsqu’il fréquente des cercles mondains.
  3. Nationalisme fondé sur une race « supérieure » dominante et des ancêtres historiques | « Le combat civilisationnel que je porte, ce ne sont pas seulement des notions conceptuelles. La civilisation, la lignée, l’héritage, la tradition, la conservation, la transmission, ce sont des visages. Voilà. Et c’est le visage aussi de mes ancêtres », Marion Maréchal Le Pen sur CNews, le 28 janvier 2025 | Selon Le Monde dans une critique de son ouvrage Ce que je cherche, « Jordan Bardella revient à plusieurs reprises sur la différence entre « immigration d’antan » et immigration d’aujourd’hui, et la difficulté de « concilier des univers culturels éloignés ». Soit la paraphrase favorite de l’extrême droite racialiste pour décréter l’impossible intégration de populations extraeuropéennes. Jordan Bardella revendique la lecture, dans sa jeunesse, de Renaud Camus, inventeur de la théorie raciste et complotiste du « grand remplacement ».
  4. Vénération de la force physique et des combattants légendaires | Le mangeur de bonbons acidulés multicolores se met en scène aussi sur son réseau chinois préféré lors de ses séances de musculation. Car cela apporte tant au débat politique… ou plutôt parce que le virilisme façon Poutine est de retour, et en force.
  5. Mépris des femmes et peur des formes non conventionnelles d’identité et d’orientation sexuelles | Le petit Jordan n’a pas eu de propos qui le lient à ce dernier point – que pour ma part j’aurais placé à la première place. D’aucuns, des méchantes langues, dans son propre camp, disent qu’il se moque des questions sociétales relatives aux femmes, ou qu’il n’en a pas.

Honnêtement, il est difficile de faire un lien entre le tout jeune et inexpérimenté président du Rassemblement National, qui réunit autant de disciples enamourés, et les 5 points établis par l’académique Robert Reich. Pour une raison très simple : le pantin de l’Héritière, ou de Vincent Bolloré et autres capitaines d’industrie susceptibles de vouloir un chaos, n’a pas de colonne vertébrale idéologique. Il n’est sans doute pas le seul mais son unique rôle de séduction auprès de la ménagère et du ménager de plus et surtout de moins de 50 ans peut avoir des effets irréversibles sur une société française fatiguée – par les décisions « am stram gram » des derniers gouvernements -, dans le ressentiment, et qui n’attend qu’une chose : blâmer l’Autre de tous les maux qu’il et elle endure. L’Autre étant : les femmes/féministes/sales connes, les juifs, les homosexuels, les étrangers, etc. Faites votre choix, messieurs-dames !

Lors des élections européennes de 2024, la tête de liste du Rassemblement national avait fait l’objet de nombreux articles de la presse nationale sur son parcours. La légende était posée par le candidat – plus probablement par son équipe de coaching et de communication – d’une origine sociale très modeste, d’une enfance et d’une adolescence passées au cœur d’un ensemble de HLM, dans une banlieue difficile. Il aurait donc assisté à du trafic de drogue, à de la violence d’où son engagement. Sa légende révélée, le jeune homme ambitieux ne pouvait pas, dans son livre paru en novembre 2024, persister dans ses mensonges ou du moins ses arrangements avec la réalité. Oui, il a vécu en banlieue avec sa mère l’élevant seule mais il a aussi passé du temps dans le milieu bourgeois de son père, chef d’entreprise, effectuant sa scolarité dans un établissement catholique.
C’est une belle dissonance cognitive lorsqu’il passe de son implication, dans son quartier, en donnant des cours d’alphabétisation à des étrangers à un activisme politique dédié à les renvoyer dans leurs pays. C’est Marine Le Pen qui les aurait séduits, lui et sa mère, car elle semblait comprendre les difficultés que tous deux vivaient dans leur environnement de barres d’immeubles.

Les juges ont parlé, [mais] je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite.
Jordan Bardella | plateau de BFM-TV, 5 novembre 2023

Il semble que l’adolescent de 17 ans lorsqu’il se décide, en 2012, à s’encarter au Front national ne connaisse rien de son histoire, surtout du passé des co-fondateurs dont Jean-Marie Le Pen. Cela l’intéresse-t-il seulement ? Le jeune homme s’affiche sur des photos avec le patriarche. Son ascension est très rapide malgré la réputation d’incompétence et d’ignorance qui lui est donnée, même et surtout au sein de son propre parti. Proche de la famille Le Pen, et du fait de ses choix sentimentaux, le jeune homme pressé est nommé, quelques années après son adhésion, en 2019, deuxième vice-président du Rassemblement national, soit une année après avoir intégré le bureau national du parti. Il rentre parallèlement au bureau exécutif.
Ceux qui l’ont côtoyé à ses débuts le qualifient de « coquille vide». Marine Le Pen a jeté son dévolu sur l’ambitieux qui va rapidement abandonner ses études. Il valide une première année universitaire. Des formations multiples, intenses et coûteuses lui sont alors imposées pour notamment lui apprendre à sourire (sic). Une formation de quatre années, qui a rapporté à son coach média, et qui a coûté au Parlement européen la bagatelle de 133 000 euros entre 2019 et 2021.
Tout est poussif même si l’on sait que la communication politique l’emporte désormais sur le débat et la réflexion. Il n’est pas le seul. Il serait facile si les journalistes travaillaient leurs interview de dévoiler le manque de travail et de connaissances du prétendant au « trône républicain ».

Le chouchou de CNews, propriété de son protecteur Vincent Bolloré, a donc été désigné comme doublure de Marine Le Pen qui voit, pour des raisons judiciaires, ses chances de pouvoir se présenter pour la troisième fois à l’élection présidentielle s’éloigner. Le petit Jordan est désormais sous la coupe de Vincent Bolloré qui a eu un certain flair – petite blague – avec Éric Zemmour. Il est aussi son obligé quand on apprend qu’il a perçu des droits d’auteur – ha ha ha – d’un montant de plus de 700 000 euros ces deux dernières années. MiniTrump, on vous disait, avec cet appât du gain, comme l’ont ses collègues du Rassemblement. Dorénavant, celui qui a autant de succès dans les sondages s’affiche avec les chefs d’entreprise, oublie la rhétorique « ni droite ni gauche » de sa marraine politique, fréquente le gratin, ne cache pas son admiration pour le multi-condamné Nicolas Sarkozy, et pourrait déstabiliser une partie de son électorat.
Mais n’oublie-t-on pas que le Front/Rassemblement national est une entreprise familiale ?
La parole et la haine se libérant, le petit Jordan trouve sur sa droite – si, si – des Sarah Knafo, et surtout la véritable héritière du domaine Le Pen : la nièce et petite fille. Et dans la catégorie « miniTrump », cette dernière est la Reine.

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