Démocratie : 1 | Extrême-droite : 0

[Mon] projet va permettre de donner un 13ème ou un 14ème mois par le travail, pas par l’assistanat. Je veux donner plus à ceux qui méritent et donner moins à ceux qui profitent.

L’année prochaine, nous avons rendez-vous avec la vénérée élection présidentielle, celle qui excite non seulement les journalistes et les commentateurs, les innombrables prétendants et prétentieux, mais aussi les électeurs français. Alors que l’illibéralisme incarné principalement par le Hongrois Viktor Orbán semble battre de l’aile, nos candidats à droite et à l’extrême-droite pensent que copier ce qui n’a pas marché chez nos voisins, le populisme, le racisme décomplexé, le retour en arrière pour les droits des femmes et des minorités, c’est gagner. Certes, ils séduiront une partie des Français mais nous sommes en droit de nous demander si leur activité intellectuelle et celle de leurs collaborateurs sont à la hauteur de nos ambitions, quels que soient les partis.
Nous avions laissé Giorgia Meloni et son acolyte hongrois, Viktor Orbán, à leurs affaires politiques en début d’année.
Des rendez-vous avec les citoyens transalpins et magyars étaient prévus fin mars pour l’Italienne, et début avril pour le Hongrois. Il était évident que nous y reviendrions, d’autant que je vous avais avoué mon obsession pour les deux personnages.
Les électeurs hongrois, lors des élections législatives, ont tranché : bye bye, Viktor. Abandonnera-t-il le pouvoir après avoir perdu cette bataille ? Il semble que non.
Quant à Giorgia Meloni, elle a été défaite lors du référendum sur sa réforme judiciaire, fortement décriée pour son atteinte à l’indépendance et surtout pour oser toucher à la sacro-sainte Constitution italienne élaborée après la seconde guerre mondiale, comme un antidote au fascisme. Peut-être est-ce un avant-goût des élections législatives prévues à la fin de l’année prochaine ?

photoshop : ©emmanuelmonfort

Des commentateurs français ont vu la défaite de Viktor Orbán comme une victoire du progressisme. Certes, la claque a fait rougir la joue du bougre. C’est faire fi néanmoins du programme de Peter Magyar, issu du Fidesz, ne l’oublions pas, et qui est resté sur des constantes de son précédent parti, la lutte contre l’immigration, les valeurs conservatrices. Beaucoup voient dans le nouveau premier ministre un défenseur des valeurs européennes. Il lui reste à le prouver et pas seulement à la Commission européenne où il va tenter de récupérer les fonds bloqués sous l’ère de Viktor Orbán.
Si les électeurs les ont renversés, lui et ses sbires, aux élections législatives du 12 avril dernier, on peut envisager d’autres explications : l’usure du pouvoir (16 années aux manettes), les scandales de corruption dont celui qui a coûté à Judit Varga, ex-épouse du candidat victorieux, sa place de ministre de la justice, et enfin de mauvais résultats économiques. À ceci s’est ajouté aussi une affaire de pédophilie à laquelle était mêlée la présidente de la République Katalin Novák, proche de Viktor Orbán, et forcée de démissionner. Décidément, c’est une manie de la part des hommes au pouvoir de mépriser et d’enterrer les affaires des violences faites aux enfants et aux femmes et, quoiqu’on en pense, là encore, aucun parti politique n’y échappe.

Viktor Orbán a dirigé la Hongrie pendant 16 ans, période durant laquelle les citoyens ont subi une répression de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, des droits des femmes et des personnes LGBTQ et de l’immigration. Il s’est rapproché de Poutine et a éloigné la Hongrie de l’Europe. Le mouvement trumpiste MAGA voyait en Viktor Orbán un modèle (le Projet 2025 a été fortement influencé par son style de gouvernance), de sorte que sa défaite n’est pas seulement importante pour la Hongrie ou l’Union européenne, elle l’est aussi dans la lutte mondiale contre l’autoritarisme de droite.
Selon Marlène Laruelle, qui dirige le programme d’études de l’illibéralisme de l’Université George-Washington, aux Etats-Unis, « … c’est une défaite de « l’internationale illibérale » à laquelle appartient le président russe, tout comme son homologue américain, Donald Trump, et de nombreux partis européens comme le Rassemblement national, en France, ou Alternative pour l’Allemagne. Pour cette droite opposée au libéralisme politique et culturel, la Hongrie d’Orban constituait une plaque tournante où se croisaient des responsables politiques et des intellectuels conservateurs du monde entier, avec des entrées aussi bien dans l’administration américaine que du côté russe. Pour le moment, aucun pays ne semble pouvoir la remplacer dans ce rôle de carrefour idéologique.« 

Cependant, Viktor Orbán écarté du pouvoir ne signifie pas que la Hongrie va retrouver rapidement ses formes et des valeurs plus compatibles avec l’Union européenne, notamment en termes de politique de l’immigration mais aussi des droits des minorités ou des femmes. L’ancien premier ministre a marqué le pays et ses voisins membres de l’Union européenne. Il a ainsi été érigé en modèle par d’autres « illibéraux » européens, tels que Robert Fico en Slovaquie et Andrej Babiš en République tchèque avec le soutien affirmé et public de la galaxie américaine MAGA. La dernière élection législative en Bulgarie qui a donné une large victoire à l’ancien président, Roumen Radev, montre que nos voisins sont toujours tentés par un discours pro-russe qu’il vienne soi-disant de la gauche.
Comme le souligne Shada Islam dans sa tribune dans The Guardian, « Orbán a beau avoir quitté la scène, ses opinions sont désormais profondément ancrées dans le discours politique dominant en Europe« . Les politiques migratoires européennes banalisent les expulsions et répondent au fantasme de la théorie complotiste du « grand remplacement ». Ces mesures protectionnistes et discriminatoires sont facilitées par l’alliance de la droite et de l’extrême-droite au parlement européen, dernièrement sur le règlement « retour ».
Viktor Orbán a donc perdu, et dans la foulée, vexé, humilié par l’ampleur de la défaite, fort d’un ego surdimensionné, il a décidé de ne pas siéger à la Diète, parlement hongrois. Pour mieux revenir, probablement, puisqu’il annonce déjà qu’il reste à la présidence de Fidesz et se représente à la prochaine élection du parti. Un rien « poutinesque ».

Appartement-témoin des extrême-droites européennes, l’expérience du gouvernement Meloni est mise en avant par beaucoup de sympathisants RN ou Reconquête! en France comme preuve de crédibilité. Les nouvelles économiques semblent corroborer ce jugement aux yeux des milieux d’affaires hexagonaux : redressement des comptes publics, baisse du chômage, balance commerciale excédentaire, hausse du PIB par habitant… Finalement, l’élection d’une majorité d’extrême-droite ne serait pas forcément un drame.

Le référendum constitutionnel sur la réforme de la justice des 22 et 23 mars n’était pas soumis à un quorum. La participation importante (55,69%) des citoyens italiens laisse penser que cette étape électorale est un avertissement et un marqueur de l’impopularité de la première ministre et de sa coalition au pouvoir. Pour rappel, celle-ci est composée de : Fratelli d’Italia, la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de feu Silvio Berlusconi. Le verdict est tombé, les électeurs ont voté à près de 54% non à la réforme (très politique et d’auto-protection) de la Donna.
Lors de la campagne, comme toute populiste qui connaît ses gammes, la cheffe du gouvernement a déclaré qu’en cas d’échec du référendum « on se retrouvera avec des magistrats encore plus négligents mais qui font carrière, des immigrés illégaux, des violeurs, des pédophiles, des dealers remis en liberté et qui mettent en danger votre sécurité », tandis que Giusi Bartolozzi, la cheffe de cabinet du ministre de la justice, Carlo Nordio, fustigeait les magistrats, avec toute la délicatesse qu’on connaît à l’extrême-droite : « Débarrassez-nous de la moitié de la magistrature, ce sont de véritables pelotons d’exécution ». Comme son (ex ?) ami Donald Trump, la première ministre a usé de l’expression de « l’ennemi de l’intérieur » prenant la forme de « juges rouges » ou « d’intellectuels de salons« .
Quelques jours avant le vote, le journal Il Fatto quotidiano révélait les liens mafieux du sous-secrétaire à la justice, Andrea Delmastro Delle Vedove, issu du parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (FdI). L’homme avait investi dans une entreprise créée par une héritière de la mafia calabraise, âgée de 18 ans à la signature du contrat. Les talents, même très jeunes, sont nombreux dans le milieu.
Peu avant le référendum, les résultats étaient très serrés. Giorgia Meloni, sentant le vent tourné, notamment avec les affaires, mais aussi l’opposition à une réforme de la Constitution chérie des Italiens, avait annoncé que peu importait le résultat, elle ne démissionnerait pas.
En France, les commentateurs ne cessent de vanter la santé économique de l’Italie. Si l’on en croit les récents résultats, l’Italie est devenu, après la Grèce, le deuxième pays le plus endetté de l’Union européenne. Les chiffres du chômage qu’elle se targue d’avoir diminué sont tout simplement revenus au niveau d’avant la crise du Covid. Et le pays est en proie à un manque non seulement de main d’oeuvre non qualifiée, d’où le retournement de vestes sur le « zéro immigration », mais aussi de main d’oeuvre qualifiée. Quand on compare la situation économique italienne avec celle de ses voisins européens moins artificiellement dopée aux fonds de l’Union, on en a une toute autre vision comme l’analyse le directeur général de Terra nova :

Ces jugements reposent surtout sur une mauvaise information sur la réalité économique italienne. Après la pandémie de COVID 19 qui l’avait particulièrement affectée, l’Italie a juste retrouvé, dans les années 2022-2025, le régime de croisière qui était le sien dans les années 2010 : endettement record, croissance moribonde, léger excédent primaire et déclin démographique… Loin de rejoindre le jugement très approximatif des milieux d’affaires français, le patronat industriel italien par la voix de la Confindustria s’inquiète d’ailleurs à juste titre de la « croissance anémiée » de la Péninsule.
Le principal talent de Giorgia Meloni est de n’avoir rien fait, ou plus exactement d’avoir fait le contraire de ce qu’elle préconisait lorsqu’elle était en campagne : non seulement elle ne jure plus qu’elle va faire rendre gorge aux « usuriers de Bruxelles », mais elle exploite au maximum les milliards que l’Union européenne a décidé d’investir dans l’économie italienne.

Mais si l’on en croit le correspondant du quotidien Le Monde, Allan Kaval : « L’échec de la présidente du conseil italien lors du référendum des 22 et 23 mars sur la justice est le signe d’une bataille perdue de l’idéologie face aux principes fondateurs de la République italienne, née de la lutte antifasciste.« 

Ainsi, s’il est facile à l’instant t de se féliciter de la victoire de la démocratie sur l’extrême-droite avec ces deux rendez-vous hongrois et italien, manqués pour ses initiateurs, on ne sait pas encore de quelle façon les esprits ont été imprégnés et préparés par la rhétorique de ces populistes. On ne sait pas encore, notamment en France, si le candidat du Rassemblement national a toutes ses chances de se hisser à la fonction suprême à défaut d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale. On sait juste que les partis qui s’autoproclament « de gouvernement » ont intérêt à présenter un programme cohérent, chiffré (pas au doigt mouillé), enthousiasmant et détaché de leurs réflexes pavloviens.
On sait juste que nous souhaitons retrouver une société, française et européenne, unie et apaisée face à des puissances lointaines de nos valeurs démocratiques.

Pendant ce temps…
… Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, un petit cercle de proches du dirigeant et de son parti, le Fidesz, s’était constitué d’immenses fortunes, en partie grâce à leur emprise croissante sur l’économie du pays et aux contrats financés par l’UE pour les infrastructures publiques. Selon le nouveau premier ministre hongrois qui alerte sur les réseaux sociaux, les oligarques et leurs familles sont déjà en partance vers les États-Unis, les Émirats arabes unis, l’Uruguay, en emportant avec eux leurs richesses mal acquises.
… la course à la présidentielle en France et la surenchère sur les mesures d’extrême-droite continuent. Après « l’état de droit, ce n’est pas intangible« , notre éphémère ex-ministre de l’Intérieur, fort de son « quart d’heure warholien », veut bannir l’Espagne voisine et surtout son gouvernement socialiste. « Je pense qu’il y a un énorme problème aujourd’hui avec les Espagnols. Ils régularisent 500.000 irréguliers, qui vont pouvoir ensuite franchir les frontières. […] Je rétablirais les frontières, il y a des dizaines de points de passage à la frontière sud, entre l’Espagne et la France. Quand il y a crise, on est autorisé à le faire« . On lui parle du retournement de veste de la « donna » ? Il est certainement au courant.

Inscrivez-vous pour recevoir ma newsletter mensuelle !

Pas de spams ici ! Consultez la politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut