Io sono Giorgia, sono una donna, sono una madre, sono italiana, sono cristiana, non me lo toglierete ! Non me lo toglierete (Je m’appelle Giorgia, je suis une femme, je suis mère, je suis italienne, je suis chrétienne, vous ne me l’enlèverez pas ! )
J’ai – au moins – deux obsessions européennes : Giorgia Meloni et Viktor Orbán.
Cette année 2026 va être cruciale pour eux deux, représentants de l’extrême-droite en Europe. Nos deux lascars ont rendez-vous avec leurs citoyens. L’un pourrait risquer sa place de premier ministre, et l’autre, la « donna » continue sur sa lancée en tentant – et réussissant – de saper les institutions italiennes.
La dirigeante du parti d’extrême droite, Fratelli d’Italia – Frères d’Italie -, était, selon le site Politico, la personnalité la plus puissante en Europe, en 2025. Cette année, on la retrouve à la neuvième place, entre le docile Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, qui appelle Donald Trump « Daddy », et le « très bousculé » premier ministre britannique, Keir Starmer. Ironie – lassitude plutôt, frayeur probablement -, c’est le président américain qui a dérobé sa place de première de la classe… en Europe. Cela en dit long sur la stratégie et l’asservissement de nos dirigeants européens face aux menaces d’outre-Atlantique… et au danger russe.
Nous avions laissé le gymnaste hongrois – l’individu a des souplesses idéologiques – dans ses soucis politiques. L’homme a cru qu’en ne contrariant pas l’ex grand frère russe et en accueillant avec enthousiasme les bureaux européens de Heritage Foundation – l’idéologie derrière Donald Trump -, qu’il multiplierait ses chances d’être réélu par les citoyens hongrois. L’homme a cru que personne ne verrait l’enrichissement personnel et la corruption, et les scandales. Des élections vont avoir lieu très prochainement, et les dirigeants d’extrême-droite du monde entier viennent à son secours. Il en a grandement besoin
Projecteurs sur les modèles de nos extrêmes-droites. Rappel des faits.
La « donna » installe son pouvoir
Les médias français ont mis du temps à reconnaître que le parti et la politique de notre voisine italienne sont d’extrême-droite. Ils sont encore peu nombreux. Pour rappel, voici ce que j’écrivais sur son parti Fratelli d’Italia et sur ses réticences à en renier les origines fascistes. Les pudeurs étaient bien présentes d’autant que la dame ne fermait pas la porte à l’Union européenne et que, jusqu’ici, elle se prononçait pour libérer l’Ukraine de l’agresseur moscovite. Pourtant les Italiens savent à quoi s’attendre avec celle qui détricote pas à pas l’état de droit dans son pays. Elle se vante d’avoir une économie florissante quand elle applique non pas son programme mais celui de son prédécesseur, Mario Draghi.
Malgré le slogan désormais éculé des dirigeants populistes, celui de « immigration zéro », depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, à l’automne 2022, l’immigration a augmenté de 10 %. Il y a les discours – basiques et respirant la haine pour plaire à un électorat – et il y a les actes – désespérés. L’exécutif de droite a délivré bien plus de permis de séjour que les précédents gouvernements.
Ensemble, nous défendons une Europe qui respecte la souveraineté nationale [et] est fière de ses racines culturelles et religieuses.
Cette année sont prévues des élections municipales dans tout le pays à l’exception des plus importantes villes comme Rome, Milan, Bologne et Turin qui attendront 2027. Les résultats des villes frondeuses, en lutte contre les idées nauséabondes de la blonde et de ses alliés – la Ligue du Nord représentée par le « sans filtre » Matteo Salvini, vice-président du Conseil, et Forza Italia, fondé par Silvio Berlusconi, seront observés à la loupe. D’où une intention malintentionnée de la « donna » de toucher aux institutions.




Le rendez-vous le plus intéressant aura lieu ces prochaines semaines : un référendum pour une réforme du système judiciaire.
Prévu pour le printemps 2026 – probablement le 22 mars selon certains médias -, il vise à valider une réforme constitutionnelle controversée portée par le gouvernement de Giorgia Meloni. La réforme, adoptée par le Parlement italien – notamment par le Sénat en 2025 -, propose :
- une séparation des carrières entre juges et procureurs – ils ne pourront plus basculer d’un rôle à l’autre -.
- la création de deux Conseils supérieurs de la magistrature (CSM) distincts, l’un pour les juges, l’autre pour les procureurs.
- une réorganisation du système judiciaire visant à renforcer le contrôle politique sur la justice, selon ses détracteurs
Pourquoi un référendum ?
En Italie, toute réforme constitutionnelle qui n’obtient pas deux tiers des voix dans les deux chambres du Parlement doit être soumise à un référendum confirmatif. Ce référendum ne nécessite aucun quorum : le résultat est valide même si peu de personnes votent.
Le gouvernement Meloni présente cette réforme comme une modernisation nécessaire pour améliorer l’efficacité de la justice. L’opposition et de nombreux juristes la dénoncent comme une menace à l’indépendance de la justice, accusant le pouvoir exécutif de vouloir s’immiscer dans les affaires judiciaires.
Selon Euractiv : « Cette proposition a exacerbé les divisions entre le gouvernement et l’opposition. Ses partisans affirment que la réforme rééquilibrera les pouvoirs entre la politique et le pouvoir judiciaire tout en préservant l’impartialité. Ses détracteurs avertissent qu’elle porte atteinte à l’indépendance judiciaire et risque de placer les procureurs sous le contrôle de l’exécutif. »
Même lors de la toute récente conférence de presse du début de l’année, la présidente Giorgia Meloni a déclaré que la magistrature « ne travaille pas dans le même sens » que le gouvernement et la police.
Le vote pourrait devenir un test politique majeur pour le gouvernement Meloni en 2026. Ce référendum pourrait redessiner les équilibres entre les pouvoirs en Italie — et influencer la trajectoire démocratique du pays.
Enfin, le gouvernement d’extrême-droite prépare la prochaine réforme électorale qui vise à transformer le système mixte actuel en un système plus proportionnel, assorti d’un mécanisme qui sécurise la majorité pour sa coalition de droite. Elle s’inscrit aussi dans un projet plus large de réforme institutionnelle qui renforcerait l’exécutif – élection directe du chef de gouvernement -, présenté comme une réponse à l’instabilité politique italienne
L’objectif ?
La réforme répond à une nouvelle donne : le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles envisagent une alliance, ce qui menace la capacité de la droite à obtenir une majorité nette, surtout au Sénat. En modifiant les règles, Meloni cherche à réduire le risque qu’une gauche unie profite du système actuel et à assurer la reconduction de sa coalition en 2027 au nom de la « stabilité ».
On le répète : la « donna » cherche à s’installer durablement. Les manipulations – comme celles de l’Américain le plus bête du monde – témoignent d’une grande fébrilité.
La fin de l’illibéral Hongrois ?
Du côté de la Hongrie, les élections législatives auront lieu le 12 avril prochain dans un contexte politique délicat pour l’actuel premier ministre, Viktor Orbán. Scandale de pédophilie pardonné en haut lieu, un enrichissement personnel du dirigeant mais aussi de son entourage. Cherchez – sans trop vous forcer – le parallèle avec son vieil « ami » au fond de teint douteux…
Viktor Orbán joue sa majorité et, pour la première fois depuis longtemps, il risque réellement de perdre le pouvoir ou de devoir gouverner dans un cadre beaucoup plus contraint après les législatives de 2026. Sa principale menace vient de la percée du nouveau parti TISZA, créé en 2021, que rejoint, en 2024, dans le cadre des élections européennes, Péter Magyar qui apparaît en tête dans plusieurs sondages indépendants. Péter Magyar était un ancien proche du pouvoir devenu opposant. Outre une situation économique défavorable – inflation élevée, croissance atone, dépendance à l’économie allemande – qui entame le contrat social implicite « prospérité contre stabilité » sur lequel Orbán s’appuyait, des scandales récents – notamment autour de la gestion d’affaires d’abus d’enfants et de clientélisme – ont choqué une partie de l’électorat conservateur et ont servi de tremplin à Péter Magyar. Récapitulatif :
- Affaire de la grâce dans un dossier de pédocriminalité : la présidente Katalin Novák et la ministre de la justice Judit Varga ont accordé une grâce à un responsable d’orphelinat condamné pour avoir couvert des actes pédocriminels, provoquant une indignation massive et leur démission forcée.
- Révélations de Péter Magyar : l’ex-mari de Varga, ancien haut cadre du système, publie un enregistrement et des témoignages détaillant corruption, favoritisme dans les marchés publics et pressions politiques sur la justice et les médias, visant directement le cœur du pouvoir d’Orbán.
On pourrait penser que cela suffirait à refroidir les électeurs pour un énième mandat. On rappelle que la figure incontournable du paysage politique hongrois en est à sa cinquième victoire sur 7 élections. Pourtant, comme dans les pays voisins européens, ou aux États-Unis, les populistes de droite comme de gauche surfent sur la crise économique, sur la baisse du pouvoir d’achat des citoyens, et c’est toujours le panier plus ou moins bien rempli du ménager et de la ménagère qui obsède l’électeur, et non la possibilité de perdre ses droits, sa liberté. Du moins, au début. Lorsque l’on pense que cela concernera les autres. Pas soi. L’extrême-droite l’a TRÈS BIEN compris.
Il y a dix ans, il s’est courageusement opposé à l’immigration massive et aujourd’hui, il se bat pour la paix en Ukraine et pour la paix en Europe.
TISZA capte des électeurs urbains mais aussi une part de l’électorat rural et conservateur déçu, en proposant une ligne national‑conservatrice mais moins isolée de l’Union européenne. C’est ce qui est le plus dangereux pour l’actuel premier ministre car son adversaire piétine sur ses terres et non sur celles des « libéraux-progressistes-wokistes » qu’il aime tant moquer et dénigrer, ce qui a fait son succès auprès d’un électorat aux idées traditionalistes. On n’oublie pas l’interdiction de la marche des fiertés en Hongrie.
Son objectif est simple. Orbán veut éviter un scénario où Fidesz resterait le premier parti mais sans majorité, l’obligeant à négocier avec de petites forces d’extrême droite ou à subir une grande coalition anti‑Orbán, ce qui limiterait drastiquement sa marge de manœuvre. Il redoute surtout qu’une défaite soit interprétée comme la fin de « l’illibéralisme hongrois », avec une remise en cause possible de ses réformes constitutionnelles et de son système de pouvoir local et médiatique.
Pendant ce temps…
… l’ancien ministre de la justice et procureur général, Zbigniew Ziobro, a obtenu l’asile politique en Hongrie. Surprise ! Non. Accusé d’abus de pouvoir et d’association de malfaiteurs, le proche de l’ancien gouvernement au pouvoir du PiS – parti d’extrême-droite – hurle au complot et à la persécution de la part du gouvernement de Donald Tusk, actuel premier ministre libéral-conservateur de la Pologne.
… Manfred Weber, président du Parti Populaire Européen (PPE), – parti de droite conservatrice -, au Parlement européen appelle la droite à se rapprocher de l’extrême-droite, et de ses idées. Déjà, en fin d’année 2025, le PPE avait pactisé avec le diable pour commencer à démanteler le Pacte Vert. Les sociaux-démocrates et les libéraux sont trahis sur leur droite.
… le président américain, à Davos, en ânonnant son discours, une logorrhée d’obsessions et de répétitions, n’a fait aucune annonce, s’est encore ridiculisé devant un auditoire de dirigeants frappés d’ennui. Il a posté le soir-même un énième billet ridicule, sur son propre réseau social, se vantant d’avoir conclu le plus bel accord qui soit sur son « bout de glace » avec Mark Rutte. On rappelle que le secrétaire général de l’OTAN n’a aucun pouvoir de négociation ou de décision. Seuls les pays membres l’ont.




