Présidentielle 2027 | le bal des présomptueux #3

J’accomplirai mes fonctions autant que les forces me le permettront et je n’ai pas de raisons de penser qu’elles ne me le permettront pas. Mais au-delà, ce serait abusif, même par rapport à moi. Et puis, je suis sensible à une tradition républicaine : on vient et on part, selon les obligations de la loi et peut-être encore mieux les obligations de l’espèce, on naît et on meurt, on ne vit qu’un moment ; de même on n’occupe une charge publique que le temps qui vous est donné, et vouloir plus serait déformer l’institution républicaine.

Dans moins d’une année, les Français vont être appelés aux urnes pour l’élection qui émoustille les médias, les personnalités politiques et les citoyens. Puisque nous avons le droit d’élire notre prochain « roi » républicain (je laisse volontairement au masculin), ne boudons pas notre plaisir.
D’ici le premier tour dont la date n’est pas encore fixée, tout sera dit et son contraire, et je n’échapperai pas à la règle.

crédit photo : steve-a-johnson

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unique pièce d'un jeu d'échecs sur plateau dans une lumière du soir

Comme le souligne pertinemment Marie Pouzadoux, ce jeudi, dans un article relatif à la campagne d’Édouard Philippe, dans Le Monde : « Convaincu que la figure de Jean-Luc Mélenchon est un repoussoir aussi pour une partie de la gauche, le candidat de droite modérée doit réussir à ne pas s’aliéner ces électeurs sociaux-démocrates représentant un réservoir de voix potentiel. Il se retrouve pour l’heure aidé par une gauche non mélenchoniste qui peine à proposer une offre alternative à celle de LFI. Édouard Philippe compte pour autant affirmer son positionnement à droite d’ici au premier tour. Il peut là aussi compter sur un rival, le candidat du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, pour maintenir sa ligne : à force de propositions radicales visant à chasser sur les terres du RN (sur l’État de droit, l’écologie…), le président des Républicains le rend plus centriste qu’il ne l’est.« 
Celui qui s’est déclaré le premier comme prétendant au trône suprême français n’est pas celui que l’on croit. L’homme ne représente pas le centre. Il avait annoncé la couleur dès son entrée à Matignon, l’homme vient de la droite, comme il le précisait dans son discours de Reims devant les cadres de son parti HorizonS, nom accordé au pluriel pour signifier que l’on est souple, flexible, et que l’on ne s’interdira pas plusieurs voies, que les réflexions ne se feront pas en silo ? Lors de la création du parti politique, le 9 octobre 2021, de l’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron, Maguelonne de Gestas dans Le Figaro donnait quelques pistes : « Notons aussi le pluriel du mot. Il est écrit «Horizons», sous-entendant qu’il n’y a pas une ligne directrice, mais plusieurs. Non pas une colonne vertébrale, mais une somme de plusieurs couleurs politiques.« 
Ce matin, Raphaël Glucksmann co-président de Place publique, lui aussi, présente son livre Nous avons encore envie, à paraître jeudi 28 mai, sur les réseaux sociaux avant de convier ses aficionados à un meeting, le 13 juin, qui donnera le ton d’une campagne enthousiasmante… ou non.

Le pouvoir, j’en ai l’expérience et ce n’est pas ce que l’on croit. D’une part, un président de la République française, même sous la Vème République, a toujours beaucoup moins de pouvoir que vous ne l’imaginez ; d’autre part, il en a plus que n’en ont la plupart des chefs d’État démocratique. Comment allier ces contraires ?
Beaucoup moins de pouvoir qu’on ne croit parce que d’abord il y a, heureusement, des institutions et des traditions ; et un chef de l’État qui s’amuserait à manquer aux institutions et aux traditions, cela ne durerait pas longtemps.

Et de… combien déjà ? On n’arrive plus à les recenser tandis que les candidats potentiels se bousculent également.
Ce jour, Gabriel Attal, un des éphémères premiers ministres du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, présente officiellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, dans un village de l’Aveyron dont le maire (Renaissance) a été élu à près de 88% des votes exprimés. Il va y avoir un concours entre lui et Édouard Philippe de « qui-est-le-plus-beau-au-centre« , sans y croire un seul instant, et de « qui-se-démarque-le-plus-de-la-droite-rance-qui-marche-sur-les-plates-bandes-de-l’extrême-droite« .

J’fais un vœu, le vœu d’un duel au soleil, je rêve d’un duel avec toi. Ce samedi soir, le « premier premier » ministre d’Emmanuel Macron s’invitait sur le plateau de C à vous pour, entre autres, évoquer ses affaires, l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet national financier, le visant. Il en profitait aussi pour une bonne répartie bien virile que l’on doit à Jacques Chirac, histoire de se raccrocher vulgairement au gaullisme. La compétition entre Édouard Philippe et Gabriel Attal a commencé bien avant ce joli mois de mai. Chacun lance des piques sur l’autre tout en essayant de faire passer les « scuds » pour des compliments. Parce que, bon, il ne faut pas insulter l’avenir. Rien n’est clair toujours sur l’accord (tacite ?) qui aurait été passé entre les deux héritiers du macronisme qui pensent faire croire au électeurs qu’ils n’ont rien à voir avec les politiques socio-économiques successives depuis 2017. On a donc l’air si stupide que cela ? Les sujets cruciaux sont les mêmes pour les jumeaux politiques avec en thème prioritaire, l’école. Très bien, pour faire quoi ? Rien n’est encore précis. Augmenter les salaires des enseignants pour l’un? Fermer des classes en profitant d’une baisse du nombre d’élèves pour l’autre.
« … être utile jusqu’au bout pour les Français ». Parallèlement, histoire d’exister (c’est parfois pathétique, s’en rendent-ils seulement compte ?), le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui se pense encore ministre de l’Intérieur, est interviewé dans le journal emblématique dominical de la sphère de l’industriel d’extrême-droite, Vincent Bolloré. Se réclamer, fréquemment lui aussi, du gaullisme social et fréquenter les médias tenus par des hommes aux intentions d’extrême-droite. Misère. Je me répète. On a donc l’air si stupide que cela ?

L’envie. Ou le manque d’envie. Rappelez-vous, c’était l’explication de l’échec de « feu Lionel Jospin » à parvenir au second tour de la présidentielle de 2002. Une élection marquante qui avait électrisé les électeurs, notamment ceux qui ne s’étaient pas déplacés au premier tour malgré les mises en garde des instituts de sondage dont les prévisions avaient été, cette fois-là, bien relayées par les médias. La dynamique était en faveur du candidat d’extrême-droite. Les intentions de vote pour le candidat socialiste se rapprochaient dangereusement de celles du nostalgique de la Waffen-SS.
L’envie, c’est le thème de campagne de Raphaël Glucksmann qui, fort des résultats « à deux chiffres » de la liste qu’il menait aux dernières élections européennes de 2024, considère qu’il est le seul candidat capable de rassembler la gauche hors La France Insoumise. L’homme a une semaine publique et médiatisée particulièrement chargée, entre ses interviews sur les plateaux de télévision (groupe de TF1), la radio (publique) France Inter, et sa séance de dédicaces…

… ce jeudi soir, dans le 5ème arrondissement, l’un des arrondissement de CSP++, pour son livre qui s’intitule Nous avons encore envie. « Objet ambigu, à la croisée de l’essai politique et du manifeste présidentiel… », selon Alice Clavier de L’Opinion. citant les nombreuses références littéraires et philosophiques, elle interroge : « … un homme de pensée qui fait de la politique est-il aussi disposé au commentaire lucide qu’à l’exercice du pouvoir ? » Si l’on en croit Platon, cité par Jean Leymarie, ce jeudi lors de son billet politique, oui, et bien mieux que les politiques. « D’ailleurs, pour être un bon dirigeant, faut-il désirer le pouvoir ? Vieille question ! Pour Platon, la réponse est non. Seuls les philosophes, ceux qui ont la sagesse, doivent gouverner. Ils ne désirent pas le pouvoir. Mais ils doivent l’exercer. Ils sont les plus capables, contrairement à ceux qui veulent trop le pouvoir, et qui risquent d’en abuser. » (cf la réflexion de François Mitterrand, citée plus haut.)
Oubliée, la note de la honte qui a fuité ? Probablement. Les buzz se succèdent et effacent les précédents. Oubliée, l’origine de l’entourage proche de celui qui propose aux Français « un contrat patriotique » ? C’est moins sûr. N’oublions pas les rôles d’Aurélien Rousseau, directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, au moment du passage en force de la réforme des retraites, et de Marguerite Cazeneuve, conseillère macroniste à l’Élysée et Matignon.
Et le candidat ne souhaite pas se déclarer malgré l’insistance des intervieweurs. Il se donne 3 mois, un été de terrain, et studieux, de tournée des plages, à la rencontre de l’électeur CSP–, qui n’y sera peut-être pas parce qu’il n’en a pas les moyens… surtout la maman solo.
L’un des premiers signaux favorables ou non à une candidature sera la participation importante ou non de militants/adhérents/sympathisants au meeting organisé dans deux semaines, samedi 13 juin, aux Docks d’Aubervilliers, mais aussi peut-être la présence de personnalités politiques de la gauche, compatibles avec la ligne du député européen.
Justement, où sont passés les socialistes ?
Depuis le départ bruyant de Boris Vallaud (un autre buzz qui a fait pschitt) de la direction nationale du parti socialiste, on a appris grâce aux indiscrétions de Politico que les députés socialistes avaient tenu une réunion le 19 mai avec au programme la présidentielle… On apprend que possiblement Olivier Faure ne serait plus aussi attaché à une primaire mais selon Antoine Oberdorff de L’Opinion : « … à force d’étirer le calendrier, Olivier Faure prend un risque : celui de devoir s’en remettre, en ultime recours, à François Hollande. Une drôle de manière de revenir précisément là d’où il prétendait avoir extirpé le PS au congrès d’Aubervilliers (NDLR : encore !), en 2018.« 
Sur France Inter, ce jeudi matin, Édouard Philippe : « Aucune décision de justice non définitive ne m’empêchera d’être candidat. » Un scandale à la Fillon en perspective ?

Ce jeudi 28 mai, Magali Reghezza-Zitt répondait à l’invitation de Guillaume Erner sur la matinale de France Culture pour évoquer la question de la semaine suffocante : « Vague de chaleur record : la France est-elle prête à vivre avec le dérèglement climatique ? » Quand on compare, intellectuellement, la chercheuse en géographie, et nos hommes politiques (qui sont loin d’être les plus idiots sur cette planète), on a envie de voter pour elle. Et on repense à Platon.

Ce samedi, l’ancien chouchou du président de la République, donnait son premier meeting de candidat présidentiel, le même jour de la finale d’un match important de football. Ne demandez pas lequel. Il réunissait à peu près 3500 à 4000 personnes, ce qui était apparemment la moitié de l’objectif du parti Renaissance, et ce qui n’est pas non plus déshonorable. Épinglé encore (après les fausses vidéos de stars se régalant de la lecture de son dernier ouvrage) sur sa communication et les affiches représentant les couleurs, bleu, blanc, rouge, réservées aux institutions nationales, l’adversaire du Rassemblement national et de La France Insoumise, et probablement de son compétiteur, Édouard Philippe, a égrené son programme. Il est toujours étonnant de constater que peu d’hommes politiques, pourtant très ambitieux, ne peuvent s’entourer de vraies plumes. Recrutant des « mini-moi », aux mêmes diplômes peu glorieux d’études de sciences politiques, ils privilégient les éléments de langage regroupés sur des fiches bristol aux discours avec un fil conducteur, avec un projet non seulement pour la France et ses citoyens mais aussi pour la France dans le monde.
Ce dimanche, Raphaël Glucksmann achevait sa tournée « popol » médiatisée au Grand jury de RTL. Un petit rendement d’échelle de la semaine qui l’a fait paraître un peu plus à l’aise qu’avec son anaphore (j’ai envie…) passablement ridicule. Celui dans l’équipe de communication qui lui avait soufflé l’idée a dû être remercié depuis…On ne peut pas dire non plus qu’il a été bousculé par les intervieweurs, comme il ne l’a pas été non plus sur le plateau de l’émission « Quotidien » dont l’émission semblait très préparée.

Prochains meetings des candidats. Jean-Luc Mélenchon rassemblera ses sympathisants, le 7 juin, à Saint-Denis. Édouard Philippe tiendra son premier grand meeting de campagne à l’Adidas Arena, le 5 juillet, à Paris.

Pendant ce temps…
Jordan Bardella est observé par les commentateurs sur son programme économique et social qui ressemble étrangement à celui d’Édouard Philippe, ou de Gabriel Attal, ou du… Medef. Choisissez un homme politique à droite, et clonez. Si Marine Le Pen est condamnée en appel à une longue peine d’inéligibilité, le 7 juillet prochain, son « poulain » pourrait ne pas se retrouver au second tour si ses véritables intentions sont bien expliquées aux électeurs potentiels de l’extrême-droite. D’aucuns pensent que quand on aime (le racisme, l’antisémitisme, la haine des femmes, l’homophobie, n’en jetez plus), peu importe que ce soit elle ou lui, les électeurs resteront fidèles sans s’évertuer à lire le programme. D’autres pensent que ce sera la perte de l’ambitieux président du Rassemblement national et que Jean-Luc Mélenchon peut attirer une bonne partie de cet électorat avec des mesures populistes. Alors, le petit Jordan au second tour ? Pas si sûr.
François Hollande se prépare, et reçoit beaucoup dans ses bureaux d’ex-président (qui n’a pas pu se représenter), rue de Rivoli. Ses équipes, ses visiteurs travailleraient sans relâche sur son retour.
Bernard Cazeneuve aussi.

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