Présidentielle 2027 | le bal des présomptueux #2

La politique, c’est d’abord et avant tout une dynamique. Parce qu’elle est profondément humaine. […] Une élection, c’est de l’humain, c’est de l’incarnation, c’est de la confiance. Chaque candidat construit son propre espace, un espace qui lui ressemble et un espace qui rassemble. […] Moi, mes amis, je sais assez bien d’où je viens. Je viens de la droite. J’ai été le premier directeur général du plus grand parti que la droite et le centre aient constitué en France, l’UMP. […] Je viens de la droite. Je l’ai dit sur le perron de Matignon, le jour de ma prise de fonction. Et, croyez-moi, à l’époque, ça en a surpris.

Dans moins d’une année, les Français vont être appelés aux urnes pour l’élection qui émoustille les médias, les personnalités politiques et les citoyens. Puisque nous avons le droit d’élire notre prochain « roi » républicain (je laisse volontairement au masculin), ne boudons pas notre plaisir.
D’ici le premier tour dont la date n’est pas encore fixée, tout sera dit et son contraire, et je n’échapperai pas à la règle.

crédit photo : agnik-sankhedawala

pion du roi de jeu d'échec couleur ivoire à moitié dans l'ombre
C’est une élection sans précédent.[…] Il faudra un seul candidat, et même dans un espace beaucoup plus large que le centre. Je crois qu’il faudra un candidat unique dès le premier tour entre la gauche républicaine qui rompt avec La France Insoumise jusqu’à la droite modérée qui rompt avec le Rassemblement National.

En ce début de semaine, Clément Beaune, l’ancien ministre et actuel successeur de François Bayrou au Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan, était l’invité de 4V sur France Télévisions. Il appelait de ses vœux une coalition (d’aventure présidentielle) allant du macronisme à Place publique. Une énième déclaration qui va alimenter le procès en intention fait à la formation politique de Raphaël Glucksmann (et « accessoirement » d’Aurore Lalucq), et « pas accessoirement » bête noire de La France Insoumise. Cette formation est soupçonnée, probablement à raison, de nous refaire le coup du « en même temps », d’une social-démocratie tiède, prête à s’attaquer, par exemple, au droit des travailleurs. Les recrutements d’Aurélien Rousseau, ancien directeur de cabinet de la première ministre Élisabeth Borne, et actuel député, de Marguerite Cazeneuve, ex-membre de cabinet, conseillère d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, et de Sacha Houlié au sein du parti de Raphaël Glucksmann (et d’Aurore Lalucq) ont laissé perplexes les militants et les adhérents.
La veille, à Reims, l’ancien premier ministre, Édouard Philippe, tenait un discours long (ressenti « trèèèès long » car barbant), sans relief, de candidat à l’élection du trône républicain si convoité. Les observateurs attendaient au moins une idée surprenante, une accroche créative. Ils ont subi une litanie de vieux poncifs, de réflexes pavloviens d’une droite propre sur elle. Tout en essayant de faire croire que l’un des piliers de la formation Horizons sera celui de « protéger », on comprenait bien que la protection suggérée s’adresserait encore aux entreprises. Rien de neuf. On lui reconnaîtra d’avoir reprécisé l’existence d’un cordon sanitaire contre l’extrême-droite. Une manière appuyée de se distinguer de la droite de Bruno Retailleau, monsieur l’état-de-droit-ça-n’est-pas-intangible-ni-sacré.
Ce lundi, le procès en appel des financements libyens reprend avec les réquisitions du parquet général, qui s’étaleront sur trois jours. Un procès très important et qui concerne un ancien président de la Vème république, Nicolas Sarkozy, à qui, on le rappelle, on a retiré la légion d’honneur. Un procès suivi par très peu de médias, ce qui permettra aux accusés, peut-être condamnés, et à leurs « avocats » au sens large du terme, de répandre leurs mensonges sur les plateaux de télévision, de décrier la justice de leur pays, sans être interrompus. Bref, de s’attaquer à l’état de droit.
« Je vais faire de l’ordre !« . Pas très inspiré, le président de la république, Emmanuel Macron, a cru bon de prendre un air suffisant et péremptoire (encore) lors du sommet Africa Forward, à Nairobi, alors que des jeunes gens, qui s’ennuyaient par ce qui se passait sur scène, chahutaient. Malaise.

Lorsqu’un document de travail, censé être partagé par une bande de « happy few » et marqué du sceau Confidentiel, fuite, on s’interroge : comment est-ce possible et qui l’a fait, dans quel but ?
Ce mardi matin, la lettre Playbook Paris de Politico met les pieds dans le plat avec « l’affaire de la note ». Une note élaborée par un conseiller/consultant/communicant cible une liste d’électeurs à éviter de « convaincre », et elle fait grand bruit dans le Landerneau politique. Dans cette liste, on retrouve, entre autres, les “18-25” ans, les “CSP -”, les personnes gagnant “moins de 1 500 euros”, qui sont “seuls avec enfants”, ou les habitants de banlieues. Bref, comme l’écrit si bien Agnès Rivoal, sur le média Derrière Le Vacarme, on est en droit de s’interroger sur les compétences (et les intentions) de « l’entourage proche » du co-président de Place publique, Raphaël Glucksmann. On est aussi en droit de s’interroger sur ses ambitions. Sa place n’est peut-être pas dans la naphtaline et sous les ors de l’Élysée mais là où il est déjà, là où ce qui importe à ses yeux se déroule, à Bruxelles, à Strasbourg, pour défendre les droits humains, ce en quoi il excelle.
On pourrait penser que cela fait l’affaire d’autres candidats. Mais la droite, elle aussi, est toujours aussi confuse pour déterminer un (on a bien compris, « UN ») candidat unique capable de se hisser au second tour. Rappelons qu’en 2017, malgré l’accumulation de casseroles bruyantes autour du candidat de la droite décomplexée, François Fillon (depuis condamné), avait réussi à atteindre un vote de 20,01% des votes exprimés (15,6% des inscrits).
Je repose la question : à qui profite la fuite ? D’aucuns, tout sourire, soupçonnent une taupe « hollandaise » au sein du parti.
Ce mardi, partisan depuis le début d’une primaire, et confronté à la crise au sein du parti socialiste que nous évoquions ici, François Ruffin lance un pavé dans la mare en se déclarant candidat potentiel à l’élection présidentielle même s’il n’y a pas de primaire.

Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance, a donc réussi sa prise d’otage sur le parti. Élisabeth Borne et son ambition pas moins légitime en avaient fait les frais et elle avait quitté ses petits camarades sous les projecteurs des médias, pour organiser un autre groupuscule, Bâtissons ensemble.
Selon Le Monde, « la motion qui « appelle le secrétaire général du parti, Gabriel Attal, à être candidat à l’élection présidentielle de 2027 » a été adoptée à 221 voix (91 %) contre 22 (9 %) favorables, de leur côté, à une primaire interne. » De vrais résultats poutinesques.
Outre-Manche, dans The Guardian, on observe avec intérêt la « prolifération » des candidatures : « La France compte un nombre record de candidats à la présidentielle. L’un d’entre eux parviendra-t-il à contenir l’extrême droite ? » Et d’égrener la longue liste des candidats (ça va messieurs ? On ne vous dérange pas?), en s’interrogeant aussi sur le fait qu’une telle profusion de candidats tant à droite, au centre qu’à gauche, soit une aubaine pour un candidat aussi peu crédible que le petit Jordan.
« Il y a beaucoup d’inconscience et d’insouciance à droite, on ne mesure pas la responsabilité qu’on aurait en laissant les français au second tour avec comme seul choix de devoir arbitrer entre le RN et Jean-Luc Mélenchon. […] Aujourd’hui, je pense que le second tour, c’est M. Mélenchon contre Mme Le Pen ou M. Bardella » a déclaré Gérald Darmanin, ministre de la Justice, ce matin sur France Inter. Cette sortie est toute calculée et stratégique pour négocier avec celui qui pourrait, à droite, selon les sondages, remporter au second tour face à Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon. Ne pas oublier les maroquins que l’ambitieux a occupés, l’Intérieur et le Budget, avec des accès à des dossiers sensibles.

Je râle, je râle, je râle. Oui, car il n’y a que des hommes à se présenter à la fonction de ceux « qui y pensent même en se rasant« . Cette fois-ci, je me réjouis que l’on mette de côté la dame qui pourrait damer le pion à son compagnon. Je me réjouis que, par des réflexes phallocrates, on dédaigne la femme pour garder le « loser ». Sarah Knafo, « délicieuse » députée européenne, siégeant à Bruxelles avec les parlementaires allemands de la non moins délicieuse Alternative für Deutschland est sommée de ravaler ses ambitions politiques. Il lui a bien été expliqué que la place était réservée à « son homme », Éric Zemmour, le même qui s’était ridiculisé, en 2022, malgré la couverture médiatique insensée, inversement proportionnelle à ses talents. La baudruche s’était bien dégonflée au fur et à mesure de la campagne, confrontée aux meetings, aux poignées de mains « aux gueux », loin des salons parisiens et des projecteurs de plateaux de télévision. La dame a pourtant les qualités d’un « homme » politique, elle aussi a ses cadavres dans le placard. Elle en a au moins un, celui de la nièce du menhir nostalgique de la Waffen SS, de retour chez Tata avec un accueil glacial. Surtout, la dame en jaune a plus de charisme et elle sait mieux mentir que le président de Reconquête.
Je râle, je râle, je râle. Parce qu’il y a trop de candidatures. Car elles sont presque uniquement masculines. Pourtant, une femme s’élève, prête à se sacrifier pour la France. L’ancienne perdante, en 2007, à l’élection présidentielle face au (depuis) condamné Nicolas Sarkozy, l’ancienne obligée du macronisme, nommée à un poste fictif d’ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique, Ségolène Royal, a appelé les sympathisants de gauche à signer un appel pour «l’ordre juste», et envisagerait un meeting dans le Val-de-Marne. N’en jetez plus.

En cette journée dominicale, il est plus que recommandé de finir son weekend en regardant l’émission de Thomas Snégaroff sur France 5 (oui, la télévision publique encore), C Politique. Cette édition était consacrée à la politique politicienne : Présidentielle : la tentation radicale ?, histoire de se faire un peu peur. Cet échange de points de vue, souvent en opposition, et c’est le mérite de cette émission de réunir des personnes qui débattent, a rappelé qu’il n’y a pas plus centriste que le dénommé Parti Radical. Plus particulièrement, certains des intervenants ont convenu que le programme (L’avenir en commun, édition 2025) de La France Insoumise, que ses dirigeants présentent comme révolutionnaire, est très proche du programme commun de la gauche de 1972, sans idée particulièrement nouvelle, ou perspective originale.
Le 22 avril dernier, la députée européenne Chloé Ridel était propulsée, seule, sur scène pour présenter les 600 mesures du parti socialiste. Les politologues/politistes s’accordent à dire que si le parti socialiste a bien noté que le monde avait changé et qu’il doit se démarquer à la fois de La France Insoumise et de la gauche de François Hollande, « la social-démocratie« , il ne présente néanmoins aucune vision ou aucun projet enthousiasmant pour les Français. De la même façon, Les Écologistes, non plus, n’ont su rebondir d’une manière transversale et créative face aux enjeux dramatiques qui s’imposent à la planète.
La pensée en silo, « as usual » (comme toujours).

L’avenir est au centre ? Selon Politico, François Bayrou est en pleine réflexion depuis son auto-éviction de Matignon et la défaite que lui ont infligée ses électeurs de Pau. Vexé, et parce qu’il vaut mieux que cela, le premier ministre qui avait déjà atteint son niveau d’incompétence au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, ne veut même pas siéger au conseil municipal, dans l’opposition. Il a démissionné. L’homme a un talent, celui de comploter, d’intriguer, et de rendre indispensables les groupuscules de la droite centriste. Il va encore y avoir des comptes d’apothicaire. Surprise ! Le Béarnais sort un livre au mois de juin (on lui accorde la paternité de l’ouvrage) et réfléchit avec Marc Fesneau, nouveau camarade de jeu d’Élisabeth Borne, à une confédération du centre réunissant le MoDem, l’UDI, Bâtissons ensemble ou le Parti radical. Bref, la menace d’une énième candidature ?

Flash info. Invité sur Public Sénat, Patrick Kanner n’annonce pas sa candidature à l’élection présidentielle.

On a commencé par une citation du maire du Havre, que l’on sait candidat à la présidentielle depuis fort longtemps (l’homme n’est pas bien patient), et l’on apprend que le Parquet National Financier demande l’ouverture d’une information judiciaire. Une haut fonctionnaire a déposé, le 10 mai, un signalement au PNF pour « détournement de fonds publics », visant l’édile et une de ses adjointes. Mais n’oublions pas la campagne de François Filllon. L’électeur, parfois, s’il est endoctriné ne sera pas forcément détourné de son vote malgré les affaires.

Pendant ce temps…
… les citoyens peuvent se renseigner grâce à la presse d’enquête sur les profils qui ont failli dans la macronie. Prenez un peu de temps, la liste est longue.
… seules l’extrême-droite et la gauche « pro-Russie-Chine-dictatures latino-américaines » ont commencé la campagne, la première sans un début de programme cohérent, si ce n’est celui de satisfaire le monde de l’entreprise et de l’argent facile. Ce parti, jusqu’au bout flattera le ressentiment de ces électeurs. Ce parti leur lâchera la main s’ils parviennent au pouvoir sans leur jeter un regard. Il est nécessaire de rappeler, encore et toujours, aux personnes les plus modestes le programme prétendument social d’un parti d’extrême-droite qui ouvrira grand la porte aux ingérences étrangères. La Russie et les États-Unis seront les premiers servis.
… le monde du cinéma réuni à Cannes est en ébullition, et se prend les pieds dans le tapis rouge lorsqu’il s’agit de tenir tête à l’acteur majeur de la production, Canal+, détenu par l’homme d’affaires d’extrême-droite, Vincent Bolloré. Certains, notamment le président du Centre national du cinéma et de l’image animée, tentent de calmer les esprits… pour éviter de disparaitre si le Rassemblement national arrive au pouvoir. Ce que le milliardaire a injecté de haine dans sa chaîne de télévision, à la radio, dans son groupe d’éditions et de presse écrite, il le fait déjà pour un narratif qui empoisonne et prépare les esprits à l’arrivée de l’extrême-droite. Dorénavant, le traditionnel « avec la participation de Canal+ » a laissé la place à un plus rampant « avec le soutien essentiel de Canal+ » au générique des films.

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