Censure et culture

La notion de « fenêtre d’Overton » peut aider à comprendre un principe sous-jacent à la métapolitique. Une idée auparavant impensable peut devenir politiquement légitime si elle est régulièrement évoquée, débattue ou reformulée dans des termes plus neutres. Chaque fois qu’un responsable politique – même modéré – mobilise une rhétorique sécuritaire, anti-immigration ou anti-égalitaire, il contribue, volontairement ou non, à élargir cette fenêtre : ce qui paraissait extrême hier devient aujourd’hui une opinion ordinaire.

Il y a peu de temps, une responsable politique de la gauche social-démocrate aurait déclaré que nous n’étions plus dans le temps de la résistance mais dans celui de la lutte (contre les idées de l’extrême-droite). Commentaire étrange quand on sait que l’une ne précède pas l’autre, que l’une et l’autre vont forcément de pair. Les esprits sont préparés depuis des décennies par les promoteurs de la venue au pouvoir de l’extrême-droite et ils ont souvent eu comme complices, je ne peux pas écrire intellectuels, les membres de la caste politique de la droite voire parfois, et c’est effrayant, celle la gauche dite social-démocrate.
Oui, les esprits sont préparés à accepter et à vivre le pire. Oui, les esprits sont préparés à ce que de prochains croque-morts de la démocratie, plus si chérie que cela semblerait-il, s’attaquent à l’État de droit.
Les sondages, par des questions orientées, montreraient que les Français et les Françaises plébisciteraient la prise de pouvoir par « un chef fort », le virilisme a encore de beaux jours à vivre.
Le milliardaire Vincent Bolloré fait partie de celles et ceux qui conditionnent les esprits de nos concitoyens tandis qu’en face, dans la lumière des phares, éblouis, tétanisés, celles et ceux de la social-démocratie, pêchant par leur paresse depuis… toujours, ne savent répliquer.
Et tout commence par la culture…

panneaux lettres rouges lumineux texte "the fools have been fascinated, now the intelligent are beingmuzzled"

Vincent Bolloré est emblématique de cette petite armée de fossoyeurs de la liberté, de la fraternité, de l’égalité. Car ce triptyque l’empêche de s’enrichir encore et encore, car les règles d’une démocratie sont contraignantes pour des filous, séduits par l’État quand celui-ci est généreux pour compenser ses manquements de dirigeant de ses affaires privées.
L’homme d’affaires semble avoir pris une longueur d’avance sur nos esprits démocrates. Des citoyens, enfin, ont décidé de résister. Des citoyens, lambdas ou célèbres, ne veulent plus que l’on impose un narratif qui nous éloigne au fur et à mesure, sournoisement, des idées généreuses, solidaires, humanistes. Un narratif qui conditionne.
Vincent Bolloré, contrairement à ce que disent ses détracteurs qui pensent l’insulter en le traitant de libéral, a plutôt décidé de participer à la concentration des pouvoirs, en concentrant les capitaux. Donc une politique très éloignée de ce à quoi un comportement libéral aboutit.
Et quel est le pouvoir qu’il a privilégié dès le début de ses acquisitions de groupes d’entreprises ?
Le pouvoir culturel.
Le pouvoir culturel, au sens large de l’expression, le pouvoir par lequel on s’immisce dans les esprits, au fur et à mesure, plutôt rapidement lorsque parallèlement on sait utiliser les nouveaux outils technologiques, les réseaux sociaux. La presse est en danger car elle se concentre entre les mains de quelques personnes puissantes qui, comme le Breton et malgré ce qu’elles prétendent, ont aussi des intentions de manipulation de leur lectorat, de leurs auditeurs et/ou de leurs spectateurs.
Pour mémoire, et parce qu’il faut sans cesse le marteler, voici l’empire de la grenouille de bénitier :
« Depuis quelques années, Vincent Bolloré se développe rapidement dans les médias, notamment via les chaines du Groupe Canal+ (C8, Canal+, CNews, CStar), l’éditeur Editis, les radios Europe 1 et RFM, ou encore Télé-Loisirs, Geo, Gala, Voici, Femme actuelle, Capital, Paris Match et Le Journal du dimanche. Il possède le Groupe Havas, géant mondial de la communication et est intéressé en 2021 par l’achat du Figaro et candidat en 2022 pour acheter M6. En janvier 2022, il investit dans Progressif Media. » (source Wikipédia)
Ameeeeen.
L’industriel breton, un énième héritier (et non créateur) de l’entreprise familiale, a compris que ses valeurs, ultra-conservatrices et rances, ne pourraient triompher sans captation des capitaux des industries culturelles : maisons d’édition, groupes de presse, médias audiovisuels, et… cinéma.

Il existe une tradition au Festival de Cannes : lorsque les lumières s’éteignent, le public applaudit et acclame lorsque les logos de ses producteurs et distributeurs préférés apparaissent à l’écran.
Cette année, il y eut un rebondissement. Presque chaque fois que le logo de Canal+, la société détenue par le milliardaire de droite Vincent Bolloré, apparaissait à l’écran, le public l’accueillait par des huées.
Signe que la guerre culturelle acharnée que se livre la France autour de la politique d’extrême droite avait atteint le cœur même de l’industrie télévisuelle et cinématographique du pays

Le 11 mai dernier, veille de l’ouverture de la 79e édition du festival de Cannes, une tribune publiée dans Libération, et signée par 600 professionnels du monde du cinéma, fait la Une des autres journaux. Les signataires s’inquiètent du contrôle accru du milliardaire Vincent Bolloré sur le cinéma français, à travers Canal+ et le réseau UGC. Enfin, le monde de la culture cinématographique se lève, après celui de l’édition qui a protesté contre l’éviction d’Olivier Nora, de la direction de la Maison Grasset. Avec une réaction épidermique pour certains, probablement plus réfléchie que les commentateurs ne le pensent, Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, évoque la constitution d’une liste noire, liste de boycott de celles et ceux qui ont osé s’élever contre la mainmise du « patron » aux idées d’extrême-droite sur le monde du cinéma français. Comme nous l’avions déjà souligné, la classique insertion « avec la participation de Canal+ » a été remplacée par la relativement surprenante « avec le soutien essentiel de Canal+ », au générique des films. Bref, une liste de personnes marquées du sceau de l’infamie, celle de s’inquiéter de l’imprégnation des idées racistes, discriminatoires, sexistes, homophobes, etc., dans des scénarios et des réalisations approuvés par une équipe qui a bien profité des largesses de l’État.
Effet Streisand oblige, depuis cette menace, le nombre de signataires (dont Javier Bardem ou Ken Loach) a augmenté considérablement atteignant le nombre de 4000 (au 24 mai).
En miroir, soulignons la frilosité de certains producteurs, et surtout des acteurs politiques et institutionnels. « On peut regretter sa réaction qui aggrave les clivages au lieu de rassembler », a regretté Gaëtan Bruel, le président du Centre national du cinéma (CNC), lundi 18 mai, sur France Inter. « Canal+ est toujours le premier soutien privé de la plus grande diversité du cinéma français », a-t-il rajouté. Pointons leur lâcheté et celle de certains réalisateurs ayant la crainte de ne plus être financés.
Conséquence de cette liste noire qui effraie le monde du cinéma, lors de la sortie du film La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer, deux journalistes de France 24 ont été bloqués dans la pièce de l’enregistrement de l’interview et ont été menacés par l’attachée de presse d’un acteur interrogé sur la tribune qui avait fait polémique. « Des méthodes comme ça, où on m’arrache mon matériel et où on me demande de restituer une carte mémoire, ça m’est arrivé dans des régimes autoritaires« , a déclaré Julie Dungelhoeff, présidente de la SDJ de France 24 et grande reporter habituée aux terrains difficiles.

Tout totalitarisme ou toute amorce de contrôle des pensées se nourrit aussi de l’autocensure, sujet soulevé début juin lors de la conférence organisée par l’École du Louvre, l’Icom (International council of museums France), et le CFHA (Comité Français d’Histoire de l’Art), suite à la publication de l’avis du CESE Contrer les entraves aux libertés de la création et de la diffusion artistiques :

« Blocage à l’entrée d’un spectacle, interruption d’un concert, dégradation d’une œuvre ou d’un livre, campagnes de dénigrement contre un film ou une exposition, actions d’intimidation voire de violence contre des artistes, leur diffuseur et même contre des libraires… Les exemples sont légion ; ils concernent non seulement tous les domaines culturels mais ils sont aussi de plus en plus fréquents et virulents dans leurs manifestations, favorisés en cela par les réseaux sociaux.
Les auteurs de ces entraves comme les motifs invoqués sont multiples – moraux, religieux, politiques, voire géopolitiques – mais ils ont tous un point commun : celui de refuser tout simplement l’existence d’expressions artistiques qui divergent de leurs idées ou principes, le plus souvent sans avoir une connaissance précise ni de l’œuvre ni de son auteur.
Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que la recrudescence de ces actions a des effets multiplicateurs : des artistes, des programmateurs, mais aussi des élus locaux, des établissements scolaires, en sont conduits à pratiquer une autocensure préventive pour éviter de susciter des réactions hostiles. C’est ainsi que, de manière pernicieuse, la peur l’emporte sur la liberté de créer ou de diffuser.
« 

Le 6 juin dernier, lors de l’édition de la Nuit blanche, Alexandra Cordebard, maire du 10e arrondissement de Paris a été agressée par des militants religieux d’extrême-droite qui voulaient empêcher l’ouverture de l’église Saint-Laurent où était présentée une installation, Sous la peau du ciel, de l’artiste Marie-Luce Nadal. Une prière de rue a suivi les exactions des intégristes.
Pour des motifs géopolitiques centrés sur la politique du gouvernement israélien à Gaza, Joann Sfar, dessinateur français, suivi de Nadav Lapid, réalisateur israélien, sont empêchés de participer à des événements culturels en France suite à des pressions d’acteurs du monde culturel. La Ligue des Droits de l’Homme parle de censure pour ce dernier. « L’Observatoire de la liberté de création se tient à la disposition des Festivals de façon générale pour les aider face à ce type de tourmente. Mais nous ne pouvons que dénoncer l’attitude du FID et de ceux qui ont fait pression sur le FID, et dire fermement que nous n’accepterons pas que cela constitue un précédent.« 
Les corps commencent à se courber, les têtes ont le réflexe de baisser quand c’est LE moment de résister et de lutter. La résistance est l’outil principal de lutte contre le fascisme. C’est en obéissant que les idées nauséabondes et leurs protagonistes gagnent du terrain. A priori, ils ne savent pas ce que l’on est prêt à subir et à accepter, alors ils testent. Ils s’infiltrent dans les esprits. Il nous reste encore du temps (un peu) pour résister par nos écrits, pour désobéir par nos actes, pour persuader nos contemporains, nos voisins, nos amis, que leur obéissance et leur manque de vigilance peut les (et nous) amener à leur (notre) perte.

Pendant ce temps…
avec la « remigration », l’extrême droite veut préparer les esprits à une politique raciale en Europe.
… le nazi de l’espace, Elon Musk, utilise toujours son réseau de fous furieux aidés de bots pour attiser la haine xénophobe en Europe. Comme si nos pays avaient besoin d’une énième allumette pour mettre le feu aux ressentiments et aux frustrations de celles et ceux qui ne peuvent s’empêcher de se comparer.
la droite s’allie à nouveau avec l’extrême-droite au parlement européen pour voter le règlement sur les retours des migrants déboutés du droit d’asile.

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