Petit tour d’Europe – Bucarest

Leçon numéro 11 : EXAMINER
Essayez de comprendre par vous-même. Plongez-vous davantage dans de longs articles. Soutenez le journalisme d’investigation en vous abonnant à la presse écrite. Ne perdez pas de vue qu’une partie de ce qui est sur l’internet s’y trouve pour vous nuire. Informez-vous en visitant les sites qui analysent les campagnes de propagande (pour certaines, venues de l’étranger). Prenez la responsabilité de ce que vous communiquez à d’autres.

Notre attention se porte désormais à l’Est de l’Union européenne et c’est heureux. Enfin. Notre motivation, hélas, résulte de la guerre à nos portes.
On a parlé de l’année 2024 comme celle du record d’élections – la moitié des électeurs de la planète était appelée aux urnes – mais l’année électorale 2025 est tout aussi importante notamment dans ce contexte d’agression de l’Ukraine par la Russie et d’une administration américaine incompétente, impuissante, cupide et complice.
Les pays membres de l’Union européenne, spécifiquement ceux qui connurent le joug de l’ancienne Union soviétique, sont imprévisibles. Ainsi, en Roumanie, alors que l’extrême-droite était en position de l’emporter après le premier tour des élections présidentielles, Nicusor Dan, le maire centriste de Bucarest a été élu président de la République avec près de 54% des votes. Le camp pro-russe va-t-il accepter la défaite ? Quelle sera sa réaction ?

crédit photo : timon studler

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle donnait un avantage au candidat d’extrême-droite, réputé pro-russe – malgré ses dénégations -, il s’avère que les citoyens roumains – expatriés ou non – se sont déplacés en nombre pour bloquer l’accès au pouvoir à George Simion, candidat dont on peut dire, sans l’offenser, qu’il est du même niveau intellectuel que le golfeur de Floride. Il a même refusé de participer à des débats, exercices classiques des démocraties. Rappelez-vous que l’agent immobilier new-yorkais avait fait de même. Certains pensent – car cela les arrange – que l’homme est au-dessus de ce type de rendez-vous car il est supérieur à ses concurrents. D’autres pensent qu’il est risqué pour un homme paresseux et intellectuellement faible de se risquer à la contradiction. On a tous en tête les débats désastreux pour les candidats de l’extrême-droite française, du moins quand leur logorrhée est véritablement interrogée par des journalistes dignes de leur fonction..
Quand George Simion a – exceptionnellement – accepté de débattre, les citoyens roumains ont été témoins d’un discours stupide et incohérent. Il faut croire que cela rebute plus un Européen qu’un Américain.
George Simion, candidat qui se défend d’être pro-russe, s’est mesuré peut-être aux souvenirs de citoyens, plus âgés, plus diplômés, les jeunes étant vraisemblablement attirés par des partis disruptifs, qui – à chaque fois – font leurs choux gras sur la lutte contre la corruption, fustigent les élites, et ne changent rien, voire verrouillent les institutions, pour faire pire et s’accrocher au pouvoir.
Souvenez-vous, il y avait eu un raté lors de l’élection présidentielle de 2024, et la Cour constitutionnelle avait pris le risque de l’annuler pour motif d’ingérences étrangères, probablement russes. C’était un risque parce qu’il était vraisemblable que les citoyens y voyaient une faveur accordée encore aux élites, à celles et ceux qui ne se préoccupent pas – comme le clament les candidats populistes – du sort des citoyens les plus modestes, des laissés-pour-compte.
Le lendemain de l’annulation des résultats du premier tour, le candidat ultranationaliste, Călin Georgescu, en tête des votes, et qui sans campagne électorale avait bénéficié des algorithmes sous stéroïdes et donc de la propagande sur l’application TikTok, se réunissait avec ses collaborateurs dans un centre équestre, à l’extérieur de Bucarest, pour fomenter une insurrection.

Les enquêteurs considèrent désormais le rendez-vous au haras comme un moment clé de ce qu’ils estiment être un complot visant à déstabiliser la Roumanie au lendemain de l’annulation des élections par une insurrection du type de celle du 6 janvier (note : insurrection au Capitole de Washington). Le suspect au centre de la conspiration présumée était aux côtés de Georgescu ce matin-là : un chef d’un groupe de mercenaires, appelé Horațiu Potra.
Le lendemain, en fin de journée, Potra fut arrêté alors qu’il se dirigeait vers Bucarest à bord d’un convoi de cinq voitures transportant des hommes armés. Selon les autorités, ils étaient en route pour la capitale afin de provoquer une émeute pour protester contre la décision de la Cour d’annuler le vote.

Politico | 17 mai 2025

Si l’ultranationaliste, en roue libre, avait remporté les élections, plusieurs scénarios s’annonçaient : le renforcement avec Viktor Orbán, Giorgia Meloni, et Robert Fico de la ligne autocrate, corrompue et nationaliste au sein de l’Union européenne, et la remise en question du rôle de la Roumanie comme protection avec sa base militaire de l’OTAN censée devenir la plus grande base de l’Alliance en Europe.

Depuis, les autorités roumaines guettent avec angoisse chaque nouveau tweet venant de l’entourage de Donald Trump, craignant que le président américain ne puisse subitement décider de retirer les forces américaines de Deveselu, dans le sud de la Roumanie, où elles assurent la gestion d’un bouclier antimissile visant à défendre l’ensemble de l’Europe, ou de Mihail Kogalniceanu, au bord de la mer Noire, où une gigantesque base aérienne de l’OTAN est en cours de construction. Au total, 1 700 soldats américains sont basés en Roumanie.

Le Monde | 27 avril 2025

La Roumanie, membre de l’Union européenne depuis 2007, pays de 19 millions d’habitants, n’est pas encore lasse des institutions européennes. Elle souhaite goûter encore à la démocratie et au respect de l’état de droit malmené et/ou menacé sur le Vieux continent et pas uniquement par des partis politiques que l’on qualifie d’extrêmes.
À chaque fois, les ressorts sont les mêmes : une population fragilisée par son niveau économique et un rejet de la corruption de la classe politique, thèmes sur lesquels les partis politiques populistes – qui ont pourtant un agenda corruptible et un passé tout aussi corrompu – n’ont aucun mal à naviguer et conséquemment à aveugler son potentiel électorat.

Pavel DurovJe suis prêt à venir témoigner si cela peut aider la démocratie roumaine.

George SimionJe demande officiellement à la Cour constitutionnelle d’annuler les élections présidentielles roumaines (mai 2025).
Pour les mêmes raisons que celles qui ont conduit à l’annulation des élections de décembre : INTERFERENCES EXTERNES par des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux.
Cette fois-ci, preuves à l’appui ! Ni 🇫🇷, ni 🇲🇩, ni personne d’autre n’a le droit d’interférer dans les élections d’un autre État.
À tous les Roumains : demandez d’urgence à la Cour constitutionnelle d’annuler cette farce.
Nous n’abandonnerons pas et nous ne trahirons pas ! Ce n’est que le début d’une grande victoire !

Quelques jours avant le second tour des élections de ce mois de mai, le candidat d’extrême-droite mettait en cause la France et son président, et accusait Paris d’ingérence au sein de la campagne. Le fondateur de Telegram, Pavel Durov, arrêté à Paris, et mis en garde à vue, en août dernier, accusait aussi la France d’empêcher l’expression des voix conservatrices lors de ces élections.
Le soir du second tour, dimanche 18 mai, George Simion se déclarait vainqueur avant d’admettre assez rapidement sa défaite. Quarante-huit heures plus tard, ce à quoi on s’attendait peut-être – l’homme politique, un être prévisible ? -, on a eu un effet boomerang. L’homme de paille du Kremlin – mais aussi de Washington – demande l’annulation des élections pour motif d’ingérences étrangères. Et le grand sauveur des démocraties, Pavel Durov, se précipite pour appuyer la demande et profiter de ses millions d’abonnés pour influencer ceux et celles qui se renseignent en circuit fermé. Les hamsters – ou cobayes – cloîtrés dans leurs roues. Ce jour, jeudi 22 mai, la Cour constitutionnelle roumaine rejetait le recours. On attend avec impatience – non – la réaction du candidat malheureux, de son soutien russe et des disciples enfermés dans leurs certitudes.
Quand on parle d’ingérences étrangères, on a un réflexe pavlovien en Europe de ne penser qu’à la Russie, compte tenu des nombreuses interférences du Kremlin sur les élections européennes mais aussi américaines. On oublie trop vite les ingérences des États-Unis dans les affaires européennes, et tout récemment encore l’appui du délicieux vice-président américain, J. D. Vance, aux candidats nationalistes, racistes et antisémites, lors de sa désormais mémorable – et traumatisante – intervention lors de la conférence de Munich, le 14 février dernier.

Leçon numéro 8 : SE DISTINGUER
Il faut bien que quelqu’un le fasse. Il est aisé de suivre le mouvement. Il peut sembler étrange de faire ou dire autre chose. Sans cette gêne, cependant, point de liberté. Souvenez-vous de Rosa Parks. Dès l’instant où vous donnez l’exemple, le charme du statu quo est rompu.

Pendant ce temps…
… les Polonais ont, comme les autres pays européens, les mêmes configurations politiques que leurs voisins, avec une menace de l’extrême-droite. Lors du premier tour des élections présidentielles, dimanche 18 mai, le maire libéral pro-européen de Varsovie, Rafal Trzaskowski, est certes arrivé en tête mais suivi de très près par son adversaire ultraconservateur, soutenu par le parti nationaliste-conservateur Droit et justice (PiS) – défait aux élections législatives fin 2023 -, Karol Nawrocki, un MAGA polonais… Pour Donald Tusk, premier ministre, les deux prochaines semaines « décideront de l’avenir de la Pologne ».
les Géorgiens manifestent depuis des mois, depuis le 28 octobre dernier, chaque jour, dans la capitale, Tbilissi, sans cesse et avec ferveur. Dimanche 18 mai, lors de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, les autorités géorgiennes et l’Église orthodoxe organisaient une manifestation religieuse et conservatrice sur la famille traditionnelle.
Souvent, les égos des uns, des unes et des autres empêchent les coalitions des partis nationalistes, ultraconservateurs, dangereux pour les femmes et les minorités, mais c’est sans compter sur la droite conservatrice, parfois tapie dans l’ombre, et qui ne rechigne pas à déborder sur les plates-bandes de l’extrême-droite tandis que, en France, sur la gauche comme sur la droite, on ne voit que la binette d’hommes ambitieux – où sont les feeeeemmes ?! – et on clame qu’il est temps de se mettre au travail et de faire des propositions aux Français… À quoi consacrent-ils leurs multiples réunions et autres boucles WhatsApp depuis des années ?

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