Petit tour d’Europe – Varsovie

Vu de Hongrie, je pense que l’élection en Pologne est fantastique car un gouvernement libéral pro-ukrainien, pro-guerre et pro-Bruxelles était aux manettes dans ce pays. Et maintenant, c’est un président patriote qui a été élu, et ce que j’en déduis, c’est que l’avancée des patriotes et des nationalistes se poursuit. On pourrait dire, d’une certaine manière, que le « Washington Express » est bien arrivé à Varsovie.
Viktor Orbán, début juin 2025, lors d’une interview à la radio

Les droites extrêmes et les extrêmes droites européennes sont imprévisibles.
En 2023, les pays membres de l’Union européenne avaient suivi avec grande attention les élections législatives polonaises et, je l’avais évoqué ici, grâce à la mobilisation et une forte participation de toute la population, particulièrement celle des femmes (pour le droit à l’avortement) et celle des jeunes (pour la défense des minorités), Donald Tusk et sa coalition avaient réussi à renvoyer le PiS, parti nationaliste, du gouvernement. Une cohabitation avec le président Andrzej Duda se mettait en place.
Si nous étions plus optimistes pour les Polonais que pour les Roumains lors de leurs toutes récentes élections présidentielles, force est de constater que seule la Roumanie a résisté malgré une forte ingérence russo-américaine. Certes l’écart entre les deux candidats – le centriste Rafał Trzaskowski et le nationaliste Karol Nawrocki – était très faible et en faveur du second. Celui-ci pouvait compter sur les voix d’un parti xénophobe, antisémite, homophobe et autres haines, la Konfederacja.
La Pologne est vue par ses partenaires européens comme une protection face à l’agression russe. Peu importent les partis politiques en place, le « grand frère russe » reste l’ennemi. Les relations ambiguës du tyran orangé américain avec Vladimir Poutine pourrait-elles changer la donne ?

crédit photo : Anhelina Osaulenko

Notre marchand de tapis préféré, j’ai nommé Viktor Orbán – Money, money, money -, ne nous déçoit jamais. Lorsque le premier ministre hongrois fait cette observation, il n’a pas tout à fait tort. Et il n’a pas tout à fait raison. Oui, le nouveau président polonais, soutenu par le parti PiS – doit-on rappeler qu’on le traduit en français par le parti Droit et Justice ? – est pro-américain. Non, lors de sa campagne, il ne s’est pas présenté pro-russe comme son voisin magyar, notre gymnaste européen agile qui a le sens du grand écart, entre la Russie et les États-Unis.
Pourtant, même si la présidence de Andrzej Duda avait été ferme et univoque avec la Russie, rien n’est moins sûr avec le nouveau Président manœuvré par l’administration américaine MAGA et son leader erratique, séduit par tous les autocrates de la terre, en perpétuel apprentissage avec ses « maîtres ».
Si le candidat de la plateforme civique – parti du premier ministre Donald Tusk – n’a pas réussi à convaincre une majorité claire des électeurs, on l’explique par une opposition entre les conservateurs ruraux et les progressistes des villes, on se croirait dans une fable…
Il y a probablement une autre raison aussi plausible.
On oublie que la coalition civique – constituée d’un parti de la droite conservatrice, celui de Donald Tusk, d’un parti libéral et de différents partis de centre gauche – n’avait en commun dans son programme que son opposition au régime précédent. Ainsi, le maire de Varsovie, pour ses élections présidentielles, ne représentait que le parti conservateur qui même s’il a fait des concessions sur des sujets de société est très loin de ce à quoi les jeunes électeurs ou les électrices aspirent.

Vue du Palace Młodzieży – Centre de Varsovie
©Iwona Castiello d’Antonio
Vue du Palace Młodzieży – Centre de Varsovie
©Kamil Gliwinski

La Pologne – avec le retour d’un gouvernement si ce n’est centriste, sans aucun doute pro-Europe – garantissait une protection contre les idées extrêmes et/ou populistes – à la Orbán, ou à la Meloni, – comme l’atteinte à l’état de droit ou à la liberté de la presse. Un président du même courant politique aurait fermé pour un certain temps la porte aux nationalistes conservateurs qui manifestement se reproduisent entre eux dans toute l’Europe. Ils sont aidés en cela par la clique de Donald Trump ayant une obsession sur – au moins – deux thèmes : l’Union européenne et les femmes. Tout ce qu’ils détestent.
Selon le quotidien The Guardian, « En tant qu’historien, M. Nawrocki connaît la stratégie gagnante du PiS. Celle-ci conjugue un populisme réactionnaire à une reprogrammation culturelle visant à réécrire le passé récent de la Pologne afin de polariser l’opinion. Le parti entend retracer l’histoire du pays à l’aide d’interprétations controversées du rôle de la Pologne dans l’Holocauste, de la « décommunisation » et d’une critique du libéralisme économique de l’après-1989 qui évoque la gauche. »
Si l’on choisit d’être optimiste, le résultat de ces élections pour un pro-européen est certes décevant mais il ne change rien à la configuration en place depuis 18 mois. N’en déplaise au voisin hongrois, le gouvernement pro-Ukraine et pro-européen, quoiqu’il dise, est toujours « aux manettes ».
Quant aux relations avec les États-Unis, les Polonais, on le rappelle – comme les Italiens mais pour d’autres raisons historiques – sont pro-américains. L’élection de Karol Nawrocki ne va rien changer.
Il appartient au gouvernement polonais de savoir résister à la coalition PiSKonfederacja quand on sait que le nouveau président a le pouvoir de poser son veto sur les réformes du gouvernement et que les obligés du PiS sont aux manettes des institutions les plus importantes du pays.

Depuis l’attaque de l’Ukraine par la Russie, la Pologne, géographiquement un rempart des pays de l’Union Européenne, a rempli son rôle. C’était d’ailleurs un des arguments de campagne du pouvoir en place, le PiS, lors des élections législatives de 2023.
Il est de très mauvais augure de penser que l’allié de la France et de l’Allemagne du triangle de Weimar aura le même destin que la ligne Maginot, ligne de fortifications qui a vu la défaite de l’armée française face aux assauts des soldats allemands en 1940.
39 secondes
. Un missile de croisière russe violait l’espace aérien polonais, le 24 mars 2024, durant 39 secondes. J’écrivais dans cet article, « Malgré les alertes de la Pologne quant à la menace imminente d’une Russie révisionniste, les dirigeants de l’Ouest n’ont rien voulu entendre, notamment les allemands qui ont continué d’entretenir des relations avec la « vorace » fédération pour assurer son approvisionnement en gaz. »
Une année plus tard, en mars, la Pologne et les pays Baltes annonçaient se retirer de la convention d’Ottawa, interdisant, depuis 1999, la production et l’utilisation de mines antipersonnel.

Un navire de la « flotte fantôme » russe *, sous sanctions, effectuait des manœuvres suspectes à proximité d’un câble électrique reliant la Pologne à la Suède. Après une intervention efficace de nos militaires, le navire s’est dirigé vers l’un des ports russes. L’ORP « Heweliusz » se rend sur les lieux de l’incident.

* La flotte fantôme russe désigne un groupe de navires pétroliers utilisés par la Russie pour exporter son pétrole malgré les sanctions internationales durant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Source Wikipédia

Le 21 mai, les militaires polonais empêchaient un navire de la flotte fantôme russe dans des manœuvres suspectes de malveillance.
Le lendemain, le 22 mai, des avions de chasse polonais interceptaient un bombardier russe dans l’espace aérien international au-dessus de la mer Baltique. Selon le ministre polonais de la défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, les provocations de la Russie se multiplient depuis la guerre en Ukraine – elles existaient déjà avant le conflit – et les manœuvres se concentrent près des frontières de l’Otan avec des appareils qui décollent de l’exclave de Kaliningrad. Celle-ci est considérée comme « le talon d’Achille » de l’Europe. Certains experts envisagent même que la Russie puisse attaquer en empruntant le corridor dit de Suwalki, bande de terre plate de 65 km de long entre la Pologne et la Lituanie, qui relie Kaliningrad à la Biélorussie, alliée de Vladimir Poutine.
Des chasseurs appartenant aux pays membres de l’OTAN se relaient au-dessus des pays baltes et de la mer Baltique pour prévenir toute incursion russe dans leur espace aérien. Mise en place après l’adhésion des pays baltes à l’Otan en 2004, la « police du ciel » a été renforcée en 2014 après l’annexion de la Crimée par la Russie et fonctionne actuellement, en pleine guerre en Ukraine, avec trois détachements tournants des pays alliés, deux déployés à Siauliai et un sur la base d’Amari, en Estonie.
Le triangle de Weimar qui devrait se renforcer voit la France et l’Allemagne se préoccuper davantage de leurs affaires domestiques. Que va-t-il advenir de ce trio franco-germano-polonais qui avait pris un peu de couleurs il y a peu ? La France refait les yeux doux à l’Italie, l’Allemagne a un agenda économique et compte réveiller son économie avec un plan massif d’investissements, les Polonais doivent se tourner vers ceux qui comprennent et vivent la menace russe.

Pendant ce temps…
… les funestes leaders de l’extrême-droite européenne, du groupe Patriotes pour l’Europe, co-fondé par Viktor Orbán et présidé par le petit Jordan – si, si – se réunissent, à l’invitation du Rassemblement national, lundi 9 juin, à Mormant-sur-Vernisson (Loiret). Ils choisissent cette ridicule tribune pour s’en prendre – ô surprise – à l’Union européenne. Tout en se gavant de la manne financière européenne. Celles et ceux qui se sont déplacés pour ce meeting ne pourront plus dire que les dirigeants pour lesquels ils votent ne sont pas racistes. Les discours étaient limpides.
… la droite conservatrice française vit toujours au XXe siècle et propose des mesures dignes des années 70. Il faudrait penser à remplacer les enseignants de Sciences Po, on tourne un peu en rond, non ? Elle ne réalise pas que marcher sur les plates-bandes des nationalistes et des adeptes de la sécurité et de la surveillance à tout prix ne fonctionnera pas forcément avec des citoyens, en majorité encore épris de liberté. De plus, le manque de cohésion, de propositions et la paresse des partis de gauche ne garantiront pas des succès électoraux à venir et ne font certainement pas un programme.

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