Apocalyptique, tac, tic…

L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes.

Les événements les plus violents s’enchaînent et nous entraînent, cette fois-ci, dans une accélération vers l’inconnu. D’aucuns évoquent une fin du monde, une disparition des espèces vivantes, une atteinte massive à la biodiversité, et les études scientifiques – dont le financement est remis en question par l’administration américaine – l’attestent. Du moins quand on croit toujours à la science et que l’on n’a pas basculé dans une quatrième dimension.
Aux manette du plus sordide, du plus immoral, des hommes. Corrompus. Voraces. Sur tous les continents, et avec des intentions plus égocentriques qu’universelles. Des hommes entourés de vassaux convaincus ou tout aussi cupides. Des hommes qui menacent leurs adversaires pour les faire taire. Des hommes de l’esbroufe qui agitent leur ailes de pigeons comme l’écrit si justement et avec humour Pascal Riché dans son article Négocier avec Donald Trump, c’est comme jouer aux échecs avec un pigeon :

« La blague circulait déjà parmi les diplomates lors de son premier mandat : négocier avec le président des Etats-Unis, Donald Trump, c’est comme jouer aux échecs avec un pigeon. Le volatile bat furieusement des ailes, bouscule toutes les pièces en roucoulant de contentement, puis fiente sur le plateau et dit : « J’ai gagné ! » A ce jeu, Trump a, en réalité, beaucoup perdu. »

« Notre maison brûle » et nous continuons de regarder ailleurs. Il n’est nul besoin d’être un militant écologiste pour s’angoisser et constater que les intérêts du plus fort – et du moins malin – prennent le dessus. Ne pas s’opposer à des visions à très court terme de notre classe politique pour compenser un manque de travail et d’idées nouvelles est une faute. Il nous appartient à tous de nous lever face à l’inconséquence. Face à la cupidité. Face au clientélisme.

crédit photo : mo ahrigane

En 1947, juste après la seconde guerre mondiale, des scientifiques de la revue Bulletin of the Atomic Scientists conceptualisent une horloge de la fin du monde, nommée aussi horloge de l’apocalypse. À l’origine, cet outil estimait les risques qu’une prolifération nucléaire et un développement d’armes de destruction massive faisaient prendre à notre planète et utilisait l’analogie d’un décompte avant minuit. Depuis, les risques climatiques et technologiques (biotechnologies ou nanotechnologies) ont été rajoutés pour estimer symboliquement le « temps qu’il nous reste » avant la fin du monde. En janvier 2025, l’horloge marquait une fin du monde à 89 secondes, soit le laps de temps le plus court depuis sa conception.
Il y a quelques semaines, s’est achevée, à la Bibliothèque nationale de France, l’exposition Apocalypse. Hier et demain orchestrée par François Angelier, riche en œuvres anciennes comme des gravures de Dürer ou le Beatus de Saint-Sever, et contemporaines comme des dessins de Henri Michaux, ou pour nous accueillir dès l’entrée des extraits du film Melancholia de Lars von Trier. Fin juin, s’est joué au Théâtre de la ville – Les Abbesses le spectacle italien Corvidae. Quand les espèces se regardent, une dissertation d’un groupe de corbeaux de métal sur la fin de l’espèce humaine, fin qui provoque chez les volatiles indifférence, jubilation ou compassion.
Notre vingt-et-unième siècle n’a pas le monopole de l’ambiance ténébreuse. Le siècle précédent lui aussi dédié – en tout cas sur nos terres européennes occidentales – à la réconciliation et à l’installation d’une paix durable n’a pas échappé aux prédictions obscures, crépusculaires. Probablement par celles et ceux qui pensent, qui inventent, qui anticipent le pire c’est-à-dire les créateurs qu’ils soient des artistes ou des scientifiques.
Nous avons à peine amorcé un temps de paix, notion sur laquelle la construction de l’Union européenne s’est effectuée avec difficulté, nous avons à peine développé une conscience féministe, et une conscience écologiste – sans faire aucun lien entre les deux – que des hommes noyautent à la fois les pouvoirs politique et économique au détriment de la répartition des ressources, des richesses, au détriment de la planète. Une sensation de déjà-vu mais aussi d’étouffement prend celui et celle qui aspire à une liberté individuelle, qui abhorre toute forme de surveillance, de contrôle des groupes, des individus. Car c’est ce qui nous est proposé pour répondre au sentiment d’insécurité. Il était bref ce laps de temps consacré à nous extraire de toute communauté – sexuelle, religieuse, sociale – et il semble qu’il n’ait profité qu’aux hommes principalement.
Qui dit apocalypse, dit religion. Elle est de retour et rarement imposée par les personnes les plus spirituelles qui ne font, elles, aucun prosélytisme, qui savent ce que la laïcité – concept franco-français – induit. Un respect des croyances de tous, une discrétion dans l’espace public. Au parlement européen, non content de détricoter les droits des femmes et des minorités outre-Atlantique, le christianisme américain y a ses entrées et part sournoisement en croisade dans les couloirs, en soudoyant parlementaires et collaborateurs. Mari Eccles, reporter à Politico Europe cite notamment l’Alliance Defending Freedom, un lobby chrétien fondé aux États-Unis dont la branche internationale, l’ADF International, basée en Autriche, consacre de plus en plus d’argent à des activités à Bruxelles.

« Se familiariser avec les institutions de l’UE est déjà assez compliqué avant même de commencer à considérer l’ensemble des infrastructures de lobbying qui existent autour du Berlaymont. Les acronymes de chaque cabinet de conseil, groupe industriel ou association peuvent se ressembler ou être si ambigus que l’on se retrouve souvent à sourire et à hocher la tête en serrant son verre lors d’une réception de réseautage, en regardant le badge de son voisin et en se disant : « Mais à qui suis-je en train de parler, bon sang ? »

La journaliste précise : « Plus le nom est vague, plus le groupe d’intérêt est controversé. »
Religion et apocalypse vont bien ensemble et probablement pas pour les raisons auxquelles on pense spontanément, le « malin » n’étant jamais celui et celle auxquels s’attaquent ces groupes de pression.
Sur des prétextes fallacieux, ces « fondamentalistes » chrétiens, juifs et musulmans imposent un agenda, et peuvent provoquer cette fin du monde. L’amour de son prochain ne rentre pas en ligne de compte dans leurs programmes. Leurs intérêts et celles de leurs amis et familles, si.

Stéphane Foucart, dans son pertinent article consacré à l’anti-environnementalisme du golfeur de Floride et de ses acolytes, souligne les points communs entre les groupes fascistes qui gravitent autour de Donald Trump.
Se référant à un article de Naomi Klein et d’Astra Taylor dans The Gardian, « The rise of end times fascism » – La montée du fascisme de la fin des temps – le journaliste explique que « les hommes les plus puissants et les plus influents du monde anticipent un cataclysme terminal provoqué par leurs activités, et construisent déjà les moyens, pour eux et leurs proches, d’y échapper ». Ce qui sous-tend l’idéologie de l’extrême-droite américaine est « un survivalisme monstrueux et suprémaciste », selon les deux autrices. Tout est mis en œuvre par les hommes au pouvoir – politique et économique – pour déconstruire les politiques sociales, scientifiques, environnementales, nationales et internationales, afin d’enrichir à très court terme les plus puissants et de leur donner les moyens de construire leurs places fortes, avec donjons, douves et… alligators.
Dans son auto-proclamée « one big beautiful bill – OBBB » – unique grande belle loi -, l’administration américaine dopée aux prières feintes et aux shoots de haine a prévu la suppression d’incitations fiscales en faveur des énergies renouvelables, celle du crédit d’impôt pour l’achat d’un véhicule électrique – petite vengeance personnelle – et met en place un dispositif avantageux pour l’utilisation du charbon dans la production d’acier. Par ailleurs, au dernier moment, grâce à la pression de certains représentants démocrates mais aussi républicains, une disposition permettant la vente de millions d’acres de terres publiques, dans des domaines préservés, a été abandonnée.
En face ?
Rien. Ou presque.
Aucune résistance des dirigeants les plus puissants de la planète, du moins ceux du G7. Pascal Riché, dans l’article susnommé, indique que lors du dernier sommet en Alberta (Canada), les chefs d’État et de gouvernement se sont pliés aux exigences de la chose orangée et luisante étasunienne, et se sont assis sur la taxe minimum sur les bénéfices des multinationales, signé en octobre 2021 par 136 pays. Le plus grand accord fiscal jamais signé. Il devait entrer en vigueur l’année dernière et il n’avait néanmoins pas encore été ratifié par le Congrès des Etats-Unis…

L’idéologie dominante de l’extrême droite s’est muée en un survivalisme monstrueux et suprématiste. Notre devoir est de développer un mouvement suffisamment puissant pour les empêcher.
Naomi Klein et Astra Taylor | The Guardian, 13 avril 2025


En France, en Europe, depuis quelques années, malgré les réunions, les sommets occupés principalement par le soutien à l’Ukraine, les ambitieuses mesures mises en place par le Pacte vert – le Green deal – commencent à s’estomper au fur et à mesure que les exigences économiques de chacun des membres l’exigent. La présidente de la Commission européenne, américanophile, concentre le pouvoir et les décisions entre les mains d’un petit groupe de proches. L’Union européenne se présente divisée. Tout ce que souhaite Donald Trump qui a l’Union européenne dans sa ligne de mire.
La ministre allemande de l’économie et de l’énergie, Katherina Reiche, dans une interview aux médias nationaux, s’oppose à une taxe imposée aux plateformes comme Amazon, comme l’a suggéré son collègue de la culture, Wolfram Weimer : « Nous ne devrions pas parler de plus, mais de moins d’obstacles au commerce. », sous-entendu avec les Américains. Pourtant, lorsque les autorités chinoises ont menacé les États-Unis de répliquer avec un niveau de taxe douanière aussi élevé, « le pigeon qui bat très fort ses ailes » s’est vite calmé. Qu’est-ce qui empêche les Européens de tenir tête, suivis des Canadiens, des Japonais, des Coréens, des Indiens ?

En ces jours incertains, imprégnés de virilisme, de « c’est moi qui ai la bombe la plus puissante », il est fondamental de rappeler quelques valeurs européennes. Si ce goût pour des mouvements populistes l’emporte aussi dans des pays dont on disait, il y a peu, que leurs contre-pouvoirs résisteraient à toute tentative d’autocratie, de violence d’État, alors, plus que jamais, il est fondamental que nos territoires européens représentent ces terres de libertés individuelles, de démocratie, de défense des diversités, de préservation de l’État de droit et de la liberté d’expression.

Pendant ce temps…
le colosse aux pieds d’argile, Viktor Orbán, est confronté à une grande défiance dans son pays et nous l’avions déjà évoqué, il y a quelques semaines, dans l’article Donald Trump, un vaccin contre le populisme ?, ses jours étaient comptés. Peut-être.
… le Rassemblement national est cerné par les affaires de détournement de l’argent européen par les copains de la potentielle candidate aux élections présidentielles, les mêmes noms qui reviennent, ceux du GUD. Il y a aussi l’affaire Caroline Parmentier, une trèèèès proche de la « cheffe », qui embarrasse le parti par ses écrits antisémites, racistes et homophobes. Et, ce jour, le siège du parti dont l’un des célèbres slogans était « La tête haute, les mains propres » est perquisitionné dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de financement illicite. Tandis que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) refuse à Marine Le Pen sa demande de suspension de son inéligibilité. Quand ça coince…
… le parlement français adopte une loi qui réintroduit un néonicotinoïde pour faire plaisir aux producteurs de betteraves et de noisettes confrontés à des nuisibles. Ce texte favorise également l’élevage intensif et considère les méga-bassines «d’intérêt général majeur». Aux hommes et aux femmes politiques des partis « historiques », il est tentant de demander de rendre des comptes sur le travail qu’ils effectuent – on non – depuis des décennies. Les alertes sur la biodiversité, sur l’utilisation de l’eau potable, sur le changement climatique, sur les dangers de l’utilisation de ces pesticides sur la santé humaine sont nombreuses et… anciennes. Il est temps que les intérêts de quelques-uns – les voraces, où qu’ils soient – soient remis en question face à l’intérêt général.
Le changement, ce devrait être maintenant !

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