Présidentielle 2027 | le bal des présomptueux #4

Le rôle de l’homme politique, maître des horloges, c’est d’éclairer l’horizon, de distinguer l’important de l’urgent, de rappeler les valeurs, de montrer le cap, et de tenir bon.

Dans moins d’une année, les dimanches 18 avril et 2 mai prochains, les Français vont être appelés aux urnes pour l’élection qui émoustille les médias, les personnalités politiques et les citoyens. Puisque nous avons le droit d’élire notre prochain « roi » républicain (je laisse volontairement au masculin), ne boudons pas notre plaisir. 
D’ici le premier tour dont la date n’est pas encore fixée, tout sera dit et son contraire, et je n’échapperai pas à la règle.

crédit photo : hassan pasha

plateau de pièces d'échecs noir et blanc

Le joli mois de juin caniculaire est consacré aux meetings des candidats déclarés et non déclarés à l’élection présidentielle, comme un test de leur popularité, moins d’une année avant le final de la course des petits chevaux.
Oui, la vingtaine de milliers de personnes, samedi 6 juin, devant le perron de la mairie de Saint-Denis est impressionnante. Jean-Luc Mélenchon ouvre le bal des présomptueux (Édouard Philippe avait tenu un meeting, le 10 mai, à Reims, devant les cadres de son parti Horizons). Il a toujours su s’entourer de personnes qualifiées et douées pour le mettre en scène. Souvenez-vous de l’idée originale, dès 2017, des « hologrammes » (qui n’en étaient pas) qui permettaient la multiplication des apparitions du Messie pour les aficionados. Ameeeen. En bons petits soldats rangés derrière le Maître des horloges, les dirigeants et les élus de la France Insoumise sont toujours prompts à faire la claque même quand le patron s’échappe des prompteurs et quand il improvise pour le meilleur comme, trop souvent dorénavant, pour le pire. Les constantes sont énumérées : la VIe République, le SMIC net à 1700 euros, le retour de l’âge de départ à la retraite à 60 ans. La Nouvelle France applaudit. Attendez. Non. La Nouvelle France n’est pas particulièrement représentée à la fois sur scène comme dans le public venu nombreux des arrondissements « bobo » parisiens. Le « On est chez nous » récupéré des partis d’extrême-droite, pour contrer ce slogan nauséabond, résonne étrangement. C’en est même malaisant.

Une semaine plus tard, samedi 13 juin, et avec la plus grande appréhension des organisateurs et des proches du co-président de Place publique, Raphaël Glucksmann tenait meeting dans un lieu plus intime, aux Docks d’Aubervilliers. Les retraités de province, groupies du député européen, avaient fait le déplacement et rejoignaient les Parisiens. L’organisation revendiquait 4000 participants. Il y en avait probablement moins, mais le ridicule était évité. Si le dirigeant de La France Insoumise peut improviser avec sa gouaille, celui de Place publique fait encore stresser ses adhérents et ses militants quand il ose s’écarter du discours, discours qui a coché (presque) toutes les cases du candidat… aux élections européennes de 2024. Comme le faisait remarquer une amie, « Oui, ce discours de gauche. Ça fait un peu stratégie de l’ex toxique. C’est perturbant… Si, je suis toujours la personne gentille et aimante des débuts... » À méditer. Le potentiellement candidat veut-il sincèrement faire taire les mauvaises langues qui le voient comme le successeur du président de la République ? Ou est-ce une stratégie pour faire oublier (ce qu’il n’arrivera pas) qu’il est très mal entouré et conseillé notamment avec des anciens acteurs du macronisme ?
Une dizaine de jours plus tard, Aurélien Rousseau, nommé malgré lui directeur d’une campagne du candidat non déclaré, quitte non pas le parti mais la commission politique « pour des raisons personnelles. »

On ne répond pas à un drame par des cris. La précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur.
Emmanuel Macron | selon des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement à l’issue du conseil des ministres, le 10 juin 2026

La politique, et le voyage vers l’Élysée, n’est pas qu’une aventure individuelle, centrée sur son nombril. C’est aussi prendre en compte la vie des concitoyens. L’agression sexuelle et le meurtre d’une petite fille ont fait la Une des médias, et beaucoup d’hommes politiques, pourtant aux commandes depuis un nombre incalculable de lustres, se jettent comme des vautours sur un drame qui fait leurs affaires.
D’aucuns, qui me lisez, seront probablement choqués mais les extrêmes violences faites aux enfants et aux femmes n’ont JAMAIS intéressé ces messieurs, quand ils ne soupiraient pas devant les quelques associations, fondations et leurs représentantes, militantes, hystériques sûrement, réclamant, comme en Espagne, des moyens conséquents pour commencer la lutte contre l’inceste, les féminicides, les violences familiales et conjugales. Rappelez-vous la promesse de l’actuel président sur l’égalité hommes-femmes, « grande cause du quinquennat », quand parallèlement il n’hésitait pas de déclarer qu’un vieil acteur libidineux et violeur faisait « la fierté de la France »…
Certains y vont précautionneusement, parce que ce n’est pas leur personnalité de profiter d’un fait monstrueux mais ils sont poussés par leur équipe de communication. D’autres ont cela dans le sang, une sorte de réflexe, et ils profitent de drames pour pousser les curseurs et flatter le pire chez leurs électeurs potentiels. Et de s’attaquer à l’immigration soi-disant incontrôlée (cherchez le rapport), ou de vouloir aggraver les peines de prison, les condamnations, lorsque la loi est déjà passée mille fois sur ces sujets, à chaque drame. Ainsi, samedi 20 juin, devant, selon les organisateurs, 6000 sympathisants ou militants, au Parc Floral de Vincennes, Bruno Retailleau promet « châtiments » pour les crimes sexuels dont la castration chimique des délinquants sexuels, sans leur consentement.
Le concours de celui qui marchera le plus sur les plates-bandes de l’extrême-droite continue.

Samedi 4 juillet, quelques jours avant le verdict de la cour d’appel de Paris, Marine le Pen, la tutrice, et le petit Jordan, décidaient au dernier moment d’intervenir, à Liévin (Pas-de-Calais) lors « d’une fête champêtre« , l’une après l’autre, comme un dernier au revoir en duo. Tandis qu’ils se disent bouleversés sur l’estrade par les crimes perpétrés par les prédateurs sexuels, n’oublions pas les votes de l’extrême-droite sur les textes censées établir des droits égaux aux femmes.

Mardi 2 juin, le parti socialiste annonçait une primaire en deux temps. Plus personne ne comprend rien, y compris les commentateurs politiques. Une primaire ou pas de primaire ? C’est là toute la question.
Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann sont clairs depuis le début. Pas de primaire car ils pensant surfer sur leurs résultats à deux chiffres obtenus lors d’élections qui datent de 5 années déjà, ou d’élections qui n’ont rien à voir avec la présidentielle. Marine Tondelier, cheffe des Verts, François Ruffin ou la bande du groupuscule L’Après, les bannis de La France Insoumise, continuent de croire en une primaire qui risque de faire sortir du chapeau un ou une candidate, plus petit dénominateur commun, qui devra avaler des couleuvres pour présenter un programme loin de ses propres convictions. Bref, un potentiel fiasco à la Valérie Pécresse, à la Anne Hidalgo ou à la Benoît Hamon.
Lors de l’émission Dimanche politique, dimanche 5 juillet, Jean-Luc Mélenchon a appelé les élus de la gauche à rejoindre son parti politique malgré les (non-)décisions de leurs partis, sous promesse d’être généreux en termes de places aux législatives. Les classiques promesses qui n’engagent que celles et ceux qui y croient. Ce même dimanche, (mal) interrogé sur LCI, Yannick Jadot propose à Sandrine Rousseau de rejoindre les Insoumis, et croit encore à une plateforme commune dont il est l’instigateur avec Boris Vallaud et Raphaël Glucksmann. Enfin, le même jour, tout en ne voulant pas se prononcer sur le type de primaire qu’il souhaite, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, appelait lui aussi la gauche, qui s’est unie durant les élections municipales, à se rassembler pour l’odyssée présidentielle. C’est oublier que ce ne sont pas les mêmes enjeux. C’est oublier aussi les élections législatives.

Agenda présidentiel
La campagne présidentielle d’Édouard Philippe démarre officiellement ce dimanche 5 juillet avec un meeting à Paris, Porte de la Chapelle, qui attend 5000 participants. Selon ses proches, ce sera « un moment de bascule » sans néanmoins présenter son programme. Il semblerait que le premier « premier ministre » d’Emmanuel Macron ait une vision à nous vendre. Vision de comptable ?
Que vont faire les communistes ? Oui, je sais, il n’y a que moi qui me pose la question. Ce dimanche 5 juillet, le parti communiste français avait lui aussi un rendez-vous, et ses adhérents ont voté à 70% la reconduction de Fabien Roussel comme secrétaire national.
Jean-Luc Mélenchon se rendra au festival d’Avignon du mercredi 8 au vendredi 10 juillet
Jeudi 9 juillet, le parti socialiste fait voter ses militants sur le mode de désignation d’un candidat.

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