Europe, mon amour

Nous vivons un paradoxe : l’Européen d’aujourd’hui voyage beaucoup, l’euro est devenu une réalité dont la plupart se félicitent, Internet est entré dans les mœurs et la dimension de la mondialisation domine la pensée contemporaine. Cependant, les citoyens semblent beaucoup plus attachés à leur identité nationale qu’il y a vingt ans, au point que partout se développent des tentations communautaristes.
Simone Veil – Une vie – 2007

crédit photo : engin akyurt

Il y a 80 ans, l’Europe était à feu et à sang.

Il y a 80 ans, les camps de concentration où s’est passé le plus abominable n’étaient pas encore libérés. Il y a 80 ans, ils étaient 3119 Juifs à être déportés dans les semaines qui ont suivi le débarquement du 6 juin 1944 sur les plages normandes. Les trois quarts furent assassinés.

Il y a 80 ans, les Français et les Européens usés, fatigués, oppressés avaient toujours un espoir, celui de retrouver leur liberté chérie.

Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi.

D’aucuns disent que nous avons appris de l’Histoire, de ces événements. D’aucuns pensent que nous avons retenu nos leçons et que cet abominable – cette agressivité, la haine des femmes et l’antisémitisme, le racisme – ne peut pas se renouveler, car justement nous l’aurions déjà vécu.

À moins d’être particulièrement distrait ou autocentré, les preuves sont déjà là, sous notre nez, chez nous mais aussi chez nos voisins.

D’aucuns se trompent et d’autres plongent avec délice dans la fange et manipulent les plus vils instincts de l’être humain, le mépris, la jalousie, le ressentiment.

C’est justement parce que l’abominable a déjà humilié, torturé, assassiné des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de tous les temps et sur tous les continents, que cela peut se renouveler sur nos terres épargnées jusqu’à cette journée du 24 février 2022.

Mes chers amis européens, si de nombreux bonimenteurs de l’extrême droite ou de la gauche radicale vous entraînent sur d’autres conflits, ou vous retiennent sur vos terres nationales, vous flattent en vous incitant à regarder vos seuls nombrils, ne vous laissez pas berner.

Ce qui se joue dimanche est européen. Ce qui se joue dimanche est la suite d’une aventure qui a débuté il y a à peine 70 ans. Notre Union, avec ses valeurs humanistes, est jeune, elle est encore en construction, elle n’est pas notre ennemie. Elle est celle qui nous protège et continuera de nous protéger. Elle est celle qui a été, est et sera garante de nos libertés. Elle est l’exemple de la démocratie qui se lève contre les autocrates de cette planète, les autocrates que notre modèle de société dérange. Elle est une référence du vivre ensemble qui gêne les envies d’expansion des uns, qui contrarie la cupidité des autres, qui s’oppose à ce qui est inhumain.

L’Union européenne est notre honneur.

Avec les différentes nuances de brun et de rouge qui jouent sur vos peurs, qui se réjouissent de votre paresse intellectuelle car elles projettent la leur sur vous, ne pensez pas une seule minute que les blonds et les blondes diplômés d’un master en selfies ou en vidéos de chatons auront non seulement les capacités cérébrales mais aussi l’empathie et l’envie de vous tendre la main.

Au lieu de travailler leurs dossiers et de faire des propositions concrètes, prêtes à être débattues au lendemain de leur élection, car l’absentéisme est leur passion, ne croyez pas un seul instant que votre niveau de vie qui s’essouffle, que la discrimination qui vous atteint, que le mépris que vous ressentez des partis démocrates les concernent, les interpellent, les pousseront à vous aider.

Leurs intentions sont claires sous leurs déguisements d’hommes et de femmes du peuple. À la première occasion, ils lâcheront votre main et vous laisseront agoniser.

Ne croyez pas que ces bouffons au sourire parfait et à la panoplie conservatrice du “c’était mieux avant” vont vous secourir lorsque vous sombrerez, lorsque vous chuterez, lorsque vous réaliserez, très tôt et bien trop tard, que votre vote s’est retourné contre vous.

Certains d’entre vous se disent : pourquoi pas ? On ne les a jamais essayés. Interrogez-vous, il y a peut-être une raison, une raison que vous avez décidé d’enfouir, à un moment crucial de notre histoire commune européenne.

On ne peut vous haranguer, vous, les Européens, en cette veille d’élections sans évoquer madame Simone Veil, celle qui a survécu aux atrocités des camps de concentration. Citons-les pour ne pas oublier : Auschwitz-Birkenau, Bobrek, la marche de la mort, Dora, Bergen-Belsen. Simone Veil, au score impressionnant, première personnalité élue à la présidence du parlement européen. Simone Veil, la magistrate, qui a tendu la main aux Allemands, 25 années seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. N’avons-nous pas un devoir de mémoire ? Ne serons-nous pas à la hauteur de son humanisme ?

Pendant ce temps, de l’autre côté des Alpes, une énième et quelconque blonde agitée fait des sourires aux institutions européennes sans avoir condamné clairement la politique du régime collaborationniste italien à l’origine des lois raciales contre les Juifs. Pendant ce temps, le marchand de tapis hongrois attend de nouveaux petits camarades sur les bancs européens.

L’un de nos espoirs, chers amis européens, est de prédire le conflit des différents egos des uns, des unes et des autres pour qu’aucune coalition nouvelle ne voie le jour, pour que les coalitions anciennes se désagrègent.

Il est de notre devoir aussi en tant qu’Européens, pour conserver nos droits, de secouer la droite conservatrice mais aussi la droite libérale, censée être progressiste, et de les empêcher de vendre leur âme au diable par calcul et par manque de vision à moyen et long terme. Il est de notre devoir de les pousser à lever leur nez de leurs fiches bristol et de leurs éléments de langage, de leur confisquer leurs écrans pour qu’ils nous épargnent de leurs vidéos sur les réseaux sociaux. II est de notre devoir de les forcer à réfléchir, de leur demander de ne pas insulter notre intelligence et… notre avenir.

Nous sommes à un moment où nous devons nous distinguer de ces régions du monde où règne la loi du plus fort, celle de la testostérone, de ces pays où surgit le chaos et où émergent la division, le chacun pour soi. La souffrance du changement climatique, l’atteinte à la liberté de la presse, la concentration économique aux mains de quelques milliardaires qui dictent leur politique aux idiots utiles doivent nous faire prendre conscience de la chance que nous avons tous de vivre dans cette Europe où les droits humains sont respectés, où la peine de mort est abolie, où la culture est abordable, où le droit à la santé et à l’éducation est un minimum.

Répétons-le, notre Union, notre Europe est très jeune, elle n’a pas l’âge de s’éteindre, de mourir. Sachons l’accompagner tous et toutes ensemble dans sa maturité. Les chantiers sont encore nombreux. Ne cédons pas à la facilité, ne cédons pas à la voix des populistes !

L’Europe doit être le phare d’un monde qui fait naufrage.

L’Europe doit rester le territoire de notre Liberté chérie.

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