Exercice d’autoportrait | Les parleuses

Quand on évoque Les parleuses, pour celles et ceux qui connaissent l’œuvre de Marguerite Duras, on pense spontanément à l’échange entre l’autrice et Xavière Gauthier, universitaire, journaliste et fondatrice de la revue Sorcières (1975-1982). Un recueil de leurs échanges, de leurs longues conversations, sans censure, avec toutes les hésitations, les points de suspension, le désordre, les silences…
Peu de place faite aux femmes intellectuelles, brillantes, artistes, une découverte depuis peu de l’œuvre de quelques-unes que l’on a du mal à imaginer si elles n’avaient pas été contraintes par un environnement hostile, empêchées par des collègues ou des pairs jaloux, voire par une famille conservatrice.
Nous avons le tort de croire que les obstacles ne sont plus, que l’animosité a disparu, et que toutes les femmes ont l’égal accès aux opportunités et à un contexte favorable à leurs talents quand elles en ont. Une prime est toujours attribuée à ces messieurs pour des raisons qui nous échappent toujours. La fraternité est renforcée alors qu’ils bénéficieraient des résultats d’une égalité. Une frilosité de la part de beaucoup de petites filles et de femmes car il leur est martelé, toujours et encore, qu’elles sont incapables.

crédit photo : kev seto

L’association Littérature, etc. a créé ce podcast Les Parleuses il y a 6 années, en février 2019, inauguré par l’autrice ïan Larue qui a choisi James Tiptree, de son vrai nom Alice Bradley Sheldon, autrice de science fiction. L’objet, pour l’instant installé en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, propose à chaque épisode des ateliers, l’un d’écriture, l’autre de lecture par arpentage. Il a accueilli Chloé Delaume, Kiyémis, Penda Diouf, Lydie Salvayre, etc. qui rendaient hommage à d’autres autrices, plus ou moins connues, Violette Leduc, Mary Shelley, Assia Djebar ou bien encore Katherine Mansfield.

« L’association Littérature, etc. a été créée en janvier 2013, alors qu’il faisait trop froid dehors. Depuis, elle imagine et organise le festival thématique annuel Littérature, etc. ou encore Les parleuses, séances de bouches à oreilles pour propagation du matrimoine littéraire. »

Vous l’avez compris, l’endroit est féminin.
Samedi 5 juillet, Rébecca Chaillon nous accompagnait dans un atelier d’écriture consistant à nous présenter à partir d’une liste de tirets répartis en quelques catégories. Exemples : 10 ingrédients ou plats qui parlent de nous dont 5 que l’on mettrait dans son sac de survie, 5 manières chiffrées de nous définir, 3 luttes ou engagements dont une lutte contre nous-même, 1 arme pour nous défendre, 6 discriminations, etc.
Ensuite, nous avons eu le plaisir d’écouter un texte qu’elle peaufinait encore quelques minutes avant de se retrouver au micro du podcast, un texte qui parle de son rapport à l’écriture, de sa recherche dans le monde littéraire et artistique de personnes qui lui ressemblent, de sa « rencontre » de lectrice et de son coup de cœur pour Octavia Butler, autrice de science fiction féministe afro-américaine. Vous pouvez l’écouter ci-dessous.
Nous avons toutes passé un moment joyeux et respectueux.

Je veux que tout le monde lise La parabole du semeur, que tout le monde lise La semence de la terre. J’ai l’impression que Dieu est enfin la femme noire qu’on m’a promise.

Je connaissais Rébecca Chaillon encensée par les critiques pour sa mise en scène et sa performance de Carte noire nommée désir, spectacle découvert à Avignon, lors de sa 77e édition. Dans les rues de la ville, il faut savoir que la troupe a subi des agressions verbales et physiques à caractère raciste.
Ici, elle enregistre son texte à la bibliothèque Louise Michel de Paris 20 – institutrice, féministe, militante, déportée en Nouvelle-Calédonie – pour le podcast Les parleuses.

Alors, autoportrait… en 50 mobiles

Un nombre indéfini d’adresses et de déménagements, une plaquette de beurre demi-sel, la grande classe déclassée et déboussolée, les Brumas d’Olga de Amaral, des discriminations d’âge, de genre, de classe d’où le don d’invisibilité (imposé), une bataille contre les moqueries, une pleine lune recouvrant d’un voile d’argent les cimes des montagnes, graviter autour de 80, un peu plus, un peu moins, un chocolat épicé du marché d’Oaxaca, résister à la force pour envelopper, étouffer et contourner les obstacles, non, il ne faut pas être puissantE pour être craintE et respectéE, la fuite, la série des « Lake George » de Giorgia O’Keeffe, lutter contre ses propres biais, ne jamais tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de répliquer, un regard qui tue toute tentative de violence, une bouteille de Chambolle-Musigny 1er cru Les Amoureuses du Comte Georges de Vogüé, le smoking pour femmes d’Yves Saint-Laurent, appartenir à la communauté d’une minorité, de celles et ceux qui ne veulent pas appartenir à une communauté, jamais, ou alors à celle des aristo-prolos, Les raisins (et les raisons) de la colère de Steinbeck, grenouille de bénitier qui a perdu la foi, les brumes sur les étangs au petit matin, un plat de langoustines du Guilvinec dégustées avec Mamie, 4 frères, le goût et le besoin de solitude, L’Âge mûr de Camille Claudel, résister à l’envie d’abandonner la partie, l’eau fraîche de la montagne en Savoie, un lieu à moi avec panorama sur la vallée, j’ai toujours 30 ans, le kig ha farz d’Emmanuel, le Requiem de l’Autrichien surdoué, un chemin sableux bordé de chèvrefeuille et de lauriers-roses, le n° 26-1962, Feu d’Anna-Eva Bergman, des fleurs jaunes d’ajoncs naissants et frissonnants, chauffées au soleil de printemps et révélant leur note de noix de coco, une crêpe de blé noir, une ascendance cachée et une descendance nulle, adopter l’empathie au détriment de l’indifférence, L’arbre aux papillons d’or de Thien an Pham, une tortilla de maïs humectée de jus de citron vert et parsemée de coriandre fraîche, King kong théorie de Virginie Despentes, un décalage de centres d’intérêt, Une saison blanche et sèche d’André Brink, les fraises de terre de Plougastel, inintelligible et indéchiffrable dans l’adelphie, un pain croustillant aux arômes fermentés, To be or not to be d’Ernst Lubitsch et…

… la vue sur les toits de zinc de Paname.

Cet autoportrait est bien sûr mobile… donc mouvant.

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