Sans moi, Trump n’aurait pas gagné.
Restons de l’autre côté de l’Atlantique puisque, tels de petits garçons auto-centrés, les individus de l’administration américaine ne cessent de s’agiter et de multiplier les exactions, les fausses informations, les provocations ce qui, selon la théorie de Steve Bannon, provoque notre étourdissement collectif. Cela s’appelle la stratégie du chaos. Selon l’ancien conseiller spécial du président des États-Unis de sa première campagne, : « les médias sont l’opposition, et comme ils sont stupides et paresseux, ils ne peuvent s’intéresser qu’à une chose à la fois. Tout ce que nous avons à faire, c’est noyer la zone. Chaque jour, nous devons leur balancer trois choses. Ils en mordront une et nous pourrons faire nos affaires. Bang, bang, bang, ils ne s’en remettront jamais. » Et, depuis son investiture en tout début d’année, les sbires de Trump – Musk, Miller-Goebbels, les « minus de la Tech»., Gestapo Noem, et tant d’autres obligés – appliquent à la lettre la politique du « great leader » – grand chef -, peut-être plus pour longtemps.
D’aucuns se tournent alors vers le vice-président qui ne déroge pas à la règle de l’inutilité de sa position. James David Vance serait-il tapi dans l’ombre dans l’attente de succéder plus ou moins rapidement au décorateur de la Maison Blanche ? Rien n’est moins sûr. Il ne le sait probablement pas – car le pouvoir rend fou – mais son numéro d’acrobate, sans colonne vertébrale, a pu en quelques années l’amener vers la vice-présidence mais la fonction suprême, la présidence, à quel prix et sous les ordres de qui ?
Je suis une poupée qui dit… oui.
crédit photo : noaa

Qui est J. D. Vance ?
En Europe, nous n’avons découvert que tard ce personnage. Les Américains, du moins ceux qui lisent, le connaissent depuis le succès en librairie de son autobiographie – Hillbilly Élégie ou Une famille américaine en français – qui raconte son parcours, celui d’un enfant élevé dans un environnement très défavorisé dans le Kentucky, et qui à force d’efforts se dessine un avenir radieux, un livre qui serait à ranger, comme l’écrivent avec ironie certains critiques, dans un rayon de manuels « de développement personnel ».
Hillbilly – que l’on peut traduire par péquenot ou plouc – est un « stéréotype américain appliqué initialement à certains habitants des Appalaches et des monts Ozarks. Il se rapproche du redneck du Midwest et du Sud (source Wikipédia) ».
Heureusement, jusqu’ici nous avions échappé au personnage et à sa littérature. Si l’on en croit le critique de la revue En attendant Nadeau, nous aurions pu ne pas croiser un homme qui, malgré le parcours prétendu brillant qu’il s’attribue dans les meilleures universités du pays, est d’une inculture crasse. Il paraît que la classe des Démocrates dont il faisait partie – oui, il faut le rappeler car cela nous semble moins évident aujourd’hui – était étonnée, grâce à son ouvrage, de découvrir ces délaissés de l’Amérique, les mêmes qui s’étonnent que leurs électeurs se soient détournés d’eux.
« Il est rare de lire le parcours autobiographique d’un ambitieux trahissant autant d’ignorance et d’incuriosité pour le monde et le passé dont celui-ci est issu. D’aucuns disent que cet homme est le penseur ou l’idéologue qui se cache derrière le dealer nommé Trump. C’est possible, et c’est effrayant. »
L’homme utilise aussi la prêche pour attirer dans ses filets de potentiels électeurs ultra-conservateurs qui interrogent la science et, par exemple, soutiennent le créationnisme. Toujours selon le critique de En attendant Naudeau : « L’adolescent J. D. Vance a lu nombre de prêcheurs créationnistes doutant de la « sagesse de la science ». L’adulte n’y souscrit pas toujours, mais il est issu de ce terrain-là. Les faits sont nombreux dans son livre, qui nous plongent dans un monde de misère culturelle féroce et d’une vision déformée du monde autour de soi. »
Ses positions anti-science et traditionalistes l’amènent tout naturellement sur le terrain des libertés qu’il proclame néanmoins chérir, surtout la sienne, celle d’un mâle blanc hétérosexuel chrétien, mais lorsqu’il s’agit de la vie, du destin des femmes, des homosexuels, des transgenres, des étrangers, c’est « ton corps – et ton libre arbitre -, mon choix ».
Qui est le marionnettiste ?
J.D. Vance est passé en quelques années d’un « never Trump guy » – d’un anti-Trump – à cette place de colistier, puis de vice-président élu sur un programme qui transpire la haine, notamment celle de la classe des plus démunis dont il est issu. On oublie qu’il a été nommé officiellement colistier le 15 juillet 2024, assez tardivement, deux jours après la tentative d’assassinat du plus mauvais golfeur de Floride – dont accessoirement les parties de « green » depuis le début de sa présidence ont coûté jusqu’ici 70 millions de dollars aux contribuables américains.
On ne peut pas parler de la créature J.D. Vance sans évoquer son créateur Peter Thiel. Peter Thiel est le fils d’un patron d’industrie installé en Afrique du Sud et en Namibie, il grandit dans un monde où l’apartheid domine et où les communautés ne se mélangent pas, tout comme Elon Musk. C’est un milliardaire de la tech, un de ceux qui n’ont rien créé ou inventé – toujours comme Elon Musk -, et qui sont uniquement des hommes d’affaires, des investisseurs dans les idées des autres, idées qu’ils sont incapables d’avoir mais qu’ils ont le « talent » de repérer et de soutenir financièrement.
Peter Thiel est un des gars de la « PayPal mafia ». Il est actuellement membre du conseil d’administration de Meta, dont il possède 13% du capital en actions préférentielles qui lui confèrent 61% des droits de vote. Il est surtout co-fondateur de Palantir Technologies, entreprise spécialisée dans l’analyse des données, dont l’un des premiers investisseurs est In-Q-Tel., bras financier de la C.I.A.
« L’entreprise Palantir est l’objet de controverses sur l’aide qu’elle apporte à certains gouvernements pour mettre en place une société de surveillance généralisée au-delà des objectifs affichés de lutte contre le terrorisme, la fraude ou autres délits majeurs. » (source Wikipédia)
L’état d’esprit de Palantir – ou pierre de vision dans les œuvres de J. R. R. Tolkien – se manifeste en la supériorité des sociétés occidentales sur le reste du monde. Les logiciels proposés aux administration successives, démocrates ou républicaines, servent à lutter contre les activités frauduleuses.
Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles.
Selon Frédéric Filloux, dans son article sur Episodiqu.es : « Pour Thiel, le pouvoir nouvelle formule passe aussi par la surveillance. L’histoire de PayPal est liée à cette idée. Très vite après son entrée en service, il est apparu que PayPal était le vecteur idéal de tous les trafics. L’entreprise a donc dû mettre au point des techniques sophistiquées de traçage des transactions dont les plus douteuses étaient remontées au FBI. C’est ainsi qu’est née une proximité entre Thiel et la communauté du renseignement américain. Puis, il y eut le 11 septembre 2001 avec la découverte de failles béantes dans l’appareil de renseignement américain.«
Le bon moment pour installer et conforter le business sans réelle opposition – du pouvoir politique et des usagers du monde entier – de la surveillance des populations. Un boulevard pour Peter Thiel, un boulevard pour la tech, un boulevard pour ces « Voldemort ».
James David Vance, le successeur… vraiment ?
Le promoteur immobilier sous-doué de New-York s’affiche avec sa casquette rouge « made in China » Trump 2028. La Constitution américaine interdit un troisième mandat mais nous vivons depuis 2016 dans la quatrième dimension. Si la peur de se retrouver en prison conditionne l’ambition du personnage, son état d’extrême fatigue et sa déchéance physique et mentale devraient, dans un monde normal, l’empêcher. Depuis quelques mois, il donne l’impression d’être utilisé par tous les rats qui n’ont pas encore quitté le navire car ils savent que seul le charisme et, d’une certaine manière, les incohérences du 47ème président des États-Unis les ont portés au pouvoir. Aucun d’entre eux, même les concurrents de la campagne comme Marco Rubio ou Ted Cruz, n’aurait reconduit le parti Républicain aux manettes du pays. Une fin comme celle de l’ancien chef d’état algérien, Abdelaziz Bouteflika ?
Alors, James David Vance, le 48ème président ? Rien n’est sûr car il a quelques cailloux dans la chaussure.
À commencer par lui-même qui se présente souvent avec suffisance et mépris. Quand on suit ses déplacements, on note ses difficultés à créer du lien avec ses interlocuteurs. On n’évoque pas ici ses leçons pathétiques de démocratie et de liberté d’expression envers les autorités européennes lors de la dernière Conférence de Munich sur la sécurité en février dernier. On n’évoque pas non plus ce moment embarrassant – pour lui et ses complices – d’agressivité et de leçon de morale envers Volodymyr Zelensky, président ambitieux pour son pays, l’Ukraine. Non, il s’agit de ses déplacements sur des bases militaires ou lors de cérémonies, ou de meetings, où rien ne sonne juste, sorti de sa bouche. L’homme se contient car il est manipulé et cela s’entend. L’homme sort les plus infâmes commentaires, sans y croire vraiment, et cela se ressent. L’homme a un rire faux voire inquiétant car il ne sait pas non plus rire.
Par ailleurs, peut-on faire confiance à un individu qui n’a aucune colonne vertébrale, un temps athée, le voici converti au catholicisme, mais marié selon un rite de la tradition hindoue. Il fut Démocrate, puis Républicain « bon teint » de la clique « never Trump guy », et le voici vice-président de celui qu’il comparait à l’un des pires cauchemars de notre Histoire mondiale, Adolf Hitler.
Enfin, et ce pourrait être sa plus grande faiblesse, la manœuvre en coulisses de son mentor lui reviendra peut-être en boomerang. Non pas parce qu’il est une marionnette. Non. Celui qui l’articule et a financé sa campagne sénatoriale de 15 millions de dollars souhaite un retour sur investissement mais comme l’écrit si justement Arwa Mahdawi, dans The Guardian, : « ... [les Américains] se méfient des grandes entreprises technologiques et de l’État de surveillance, et ils sont très inquiets du renforcement des liens entre l’administration Trump et Palantir. Les podcasteurs qui ont contribué à faire voter Trump en 2024, par exemple, ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes au sujet de cette entreprise.«
Et il semblerait que James David Vance, interrogé à ce sujet sur les campus, le réalise car selon ses propos : « On me pose souvent des questions sur Palantir, car il existe un mème Internet selon lequel je serais en quelque sorte très lié à Palantir.«
Or la créature saura-t-elle, sans talents, mais aussi sans soutien financier se débarrasser de ses fils de marionnette plus ou moins articulée ?
Pendant ce temps…
… Trump révèle ses projets funestes pour le reste du monde. Dans un document de 33 pages, très critique de l’Union européenne, on apprend que « en particulier, l’administration critique, en termes quelque peu voilés, les efforts européens visant à freiner les partis d’extrême droite, qualifiant ces mesures de censure politique. » Comme on s’en doutait, ce plan vise à « restaurer la suprématie américaine » notamment « en Amérique latine« , compte tenu des ingérences dans les élections présidentielles au Honduras ou les crimes de guerre perpétrés sur de présumés bateaux de trafiquants de drogue au Venezuela. D’aucuns s’inquiètent de ce plan mais il suffit de lire cette trentaine de pages avec une préface copiée sur le style de « Donald, l’assoupi » pour envisager qu’une certaine fébrilité s’empare de l’équipe – toujours soudée ? – de cette administration. Cela ressemble plus à une panique à bord.
… MAGA se déchire sur les ingérences en Amérique latine entre d’une part, le clan des interventionnistes – Lindsey Graham ou l’ancien vice-président Mike Pence – et celui des isolationnistes qui comprend Steve Bannon, encore. L’homme a fait le président, saura-t-il le défaire?


