Le très bête immonde

Je passe sans cesse de l’idée que Trump est un cynique comme Nixon, qui ne serait pas si mauvais – et pourrait même s’avérer utile -, à celle qu’il est l’Hitler américain.
J. D. Vance, poupée articulée de Peter Thiel – échange privé sur Facebook avec un associé | 2016

Vous avez bien lu le titre, il s’agit bien du bête immonde, la chose orangée élue il y un an, outre-Atlantique, à la stupeur – et frayeur – générale. Il s’agit bien de celui qui répand son fiel et son ressentiment sur le monde entier, sur celles et ceux aux Etats-Unis ou ailleurs qui ne courbent pas l’échine devant lui. Il s’agit bien de l’un des hommes les plus stupides au monde – même si nos commentateurs en France restent encore admiratifs devant sa stratégie, whaaaat ? -, et qui attend que l’on baise sa bague de parrain, la bague d’un des hommes les plus corrompus au monde. Il suffit d’acheter « fat pumpkin » – la citrouille grasse – ou de la faire chanter pour influencer sa politique erratique. Le 47ème président des États-Unis effraie le monde entier.
Ces dernières semaines, exactement le 4 novembre dernier, un an jour pour jour après sa réélection, le golfeur de Floride et son camp Make America Great Again ont subi de sérieux revers lors d’élections locales : municipales, de gouverneurEs, sur des référendums.
Panique à bord ?
Probablement pas. Le fascisme s’est introduit dans les institutions, la relève sera assurée, même si de courageux citoyens américains ou immigrés se lèvent et tentent de faire face.

crédit photo : pete f

tête oiseau hirsute de dos

Même si l’écrire irrite, on doit reconnaître que Donald Trump a réussi son retour aux affaires le 4 novembre 2024. Redevenu président de la première puissance économique et militaire, il s’est entouré principalement dans son administration de présentateurs de sa chaîne préférée, Fox News, d’un maximum d’incompétents, et d’une bande de fous furieux qui ne renient pas la bête immonde. Nous ne reviendrons pas sur les discussions lunaires de plateaux de chaînes d’information en continu, ici en France, pour savoir si l’homme à la tronçonneuse – Elon Musk, le nazi de l’espace – avait vraiment fait deux saluts nazis… Nous ne reviendrons pas sur le discours de Stephen Miller, inspiré de la propagande de Joseph Goebbels, lors d’un show dédié à Charlie Kirk, influenceur d’extrême-droite, assassiné lors d’un meeting de propagande sur un campus américain en septembre dernier. Qui connaît cet obscur agent de contrôle des frontières devenu en un rien de temps commandant de la police des frontières, Gregory Bovino ? Dans une terrifiante – et bouleversante – vidéo, mise en ligne par le DHS – department of homeland security soit le département de la sécurité intérieure -, cet individu est mis en scène avec une gestuelle, des tenues et une esthétique nazies…

À Washington, un nouveau shérif est en poste et, sous la direction de Donald Trump, nous pouvons être en désaccord avec vos opinions, mais nous nous battrons pour défendre votre droit de les exprimer sur la place publique, que vous soyez d’accord ou non.

Oui, « un nouveau shérif est en ville » depuis un an, et il semble perdre le contrôle.
Le 4 novembre dernier, aux États-Unis, parmi les milliers d’élections, 4 scrutins majeurs focalisaient l’attention des citoyens américains mais aussi celle du monde entier qui s’inquiète de la situation internationale. Deux candidates Démocrates, Abigail Spanberger en Virginie et Mikie Sherrill dans le New Jersey, ont été élues sans difficultés à un poste de gouverneurE. Lorsque l’on regarde leurs parcours académique et professionnel, on peut affirmer que ces nouvelles élues ne jouent pas dans la même cour que les « très bêtes » immondes de l’administration américaine. L’une, Mikie Sherrill, est diplômée de la London School of Economics, de l’université du Caire – oui, elle maîtrise la langue arabe – et de l’université de Georgetown. Elle a exercé comme officière de l’US Navy et comme procureure fédérale. L’autre, Abigail Spanberger, diplômée de l’université de Virginie, d’une école de commerce en Allemagne, parle sept langues étrangères et a officié à la CIA. On pouvait en dire autant par ailleurs de la carrière et de la formation de Kamala Harris. Les Américains ont préféré un bonimenteur, agent immobilier sans succès et animateur d’émissions télévisées pathétiques.
Toujours sur la côte Est, les New-yorkais ont choisi leur nouvel édile après que l’actuel maire corrompu Démocrate, Eric Adams, a renoncé de briguer à nouveau le poste. Le perdant des primaires démocrates, l’ancien gouverneur de l’État de New-York, Andrew Cuomo, Démocrate lui aussi, accusé d’agressions sexuelles et de détournement de fonds publics, est néanmoins resté dans la course pour… se faire ridiculiser par son rival, jeune, communicant, Zohran Mamdani. Résultats : 50,4% des voix, plus d’un million de voix, chiffre assez rare dans une course avec plus de deux candidats. Moralité : éviter le soutien public de Donald Trump.
De l’autre côté du pays, en Californie, le gouverneur médiatique Gavin Newsom, coqueluche des électeurs Démocrates – mais il n’est pas le seul -, sollicitait l’avis des administrés par référendum sur la proposition 50 :  » La carte définie dans la proposition 50 est un découpage électoral favorable aux démocrates qui, selon les républicains du Texas, vise à compenser le découpage électoral favorable aux républicains. Ces deux propositions s’inscrivent dans le cadre plus large du redécoupage électoral américain prévu pour 2025-2026.  » (source Wikipédia). Les Californiens l’ont approuvée à plus de 64%.

The People of the State of New York v. Donald J. Trump ou, en français, : « Le peuple de l’État de New York contre Donald J. Trump ». Cette affaire judiciaire, en 2024, a attiré les caméras du monde entier. D’aucuns pensaient déjà à la fin des ambitions politiques de l’inculpé.
Rappelez-vous les 34 accusations de falsification de dossiers commerciaux dans l’affaire dite « Stormy Daniels », du nom d’une actrice de films pornographiques.
Le 30 mai, Trump est reconnu coupable des 34 chefs d’accusation et devient « le premier ancien président américain à être reconnu coupable d’un crime, étatique ou fédéral. » (source Wikipédia)
Rappelez-vous que, malgré ses dossiers criminels, toutes les communautés, exceptée celle des femmes noires, ont voté pour le prédateur sexuel. Rappelez-vous que lors de la première campagne, en 2016, il avait harangué la foule lors d’un meeting en Iowa et avait eu cette déclaration sidérante : « Je pourrais tirer sur quelqu’un au milieu de la Cinquième avenue et je ne perdrais aucun vote. »
Revenu au pouvoir, Donald Trump, tout de ressentiment, utilise ou tente d’utiliser son administration pour se venger de celles et ceux qui lui voudraient tant de mal, sans fondement. Et il fait des procès à tout le monde.
Ainsi, en 2022, Letitia James, procureure fédérale, a intenté une action civile contre la Trump Organization. Elle a fait condamner l’ex-et-futur président en lui interdisant d’exercer toute activité commerciale à New York pendant trois ans et lui a infligé une amende de plus de 355 millions de dollars. En août 2025, la Cour d’appel a annulé la sanction, la jugeant excessive, tout en confirmant la responsabilité de Trump. Il ne faut pas y voir seulement une défense du « très bête » immonde, il faut y déceler aussi un racisme tellement ancré et une haine associée à un dégoût des femmes.
Pour James Comey, ancien directeur du FBI – Federal Bureau of Investigation -, c’est une autre histoire. On l’évoquait dans cet article Tomber les masques. James Comey avait eu l’outrecuidance d’enquêter sur l’ingérence du pouvoir russe dans la première campagne électorale de la chose orangée. Il s’était fait renvoyer du jour au lendemain par un Donald Trump passablement fébrile. En septembre 2025, revenu aux affaires, le 47ème président le fait inculper par son Department of justice via Barbie Bondi, sa « ministre », pour entrave à la justice et fausses déclarations. De celui qui lui a dit : « you’re fired » – vous êtes viré -, l’ancien numéro un du FBI a une piètre opinion et le qualifie de menteur invétéré au comportement mafieux. Ambiance.
Le mois de novembre 2025 pour le golfeur tricheur est rude et le met dans une rage folle. Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du « Trumpland » ?
Après avoir bloqué les affaires de son administration pendant 43 jours de « shutdown » – le plus long de l’Histoire américaine après celui de 35 jours qui s’est passé également sous le « règne » de Donald Trump -, après avoir vu la Chambre des représentants voter presque à l’unanimité pour la publication des dossiers du pédocriminel Jeffrey Epstein, qu’il a tenté en vain d’enterrer, après avoir vu les élus Républicains/MAGA tomber comme des mouches sous le vote des Américains, le supplice continuait.
En début de semaine, les deux cibles importantes du décorateur de la Maison Blanche, James Comey et Letitia James, ont vu leur avenir s’éclaircir. Pour le moment. Une juge a annulé leurs inculpations pour une raison simple : elle s’interroge sur la pertinence et la légalité de la nomination de la procureure qui les a inculpés. Lindsey Halligan, dont le seul fait d’armes est d’avoir plaidé dans une affaires d’assurance et d’avoir fait gagner à ses clients la somme de 500 000 dollars. Elle avait été désignée par Donald Trump. On vous laisse comparer sa carrière avec celles des nouvelles gouverneurEs citées plus haut.
James Comey peut respirer, un instant, car le délai de prescription des faits qui lui sont reprochés a expiré fin septembre. Pour Letitia James, la bataille continue pour cette femme qui montre aux Américains qu’ils doivent tenir tête. La peur et le renoncement sont ce que ces « très bêtes » immondes attendent d’une population pour installer la terreur.

Roman graphique L’odeur des pins de Bianca Schaalburg
Essai Coulée brune – Comment le fascisme a inondé notre langue d’Olivier Mannoni

Pendant ce temps…
… se procurer et dévorer le roman graphique, aux Éditions L’agrume, de Bianca Schaalburg, L’odeur des pins – Ma famille et ses secrets, et suivre les recherches et interrogations de la dessinatrice sur le rôle de sa famille pendant la seconde guerre mondiale. Une phrase comme un leitmotiv, Wir wussten überhaupt nichts – Nous ne savions rien du tout – traverse l’ouvrage.
… se procurer le dernier opus du désormais célèbre traducteur de Mein Kampf qui relate dans un livre – Traduire Hitler – combien cela fut éprouvant. Olivier Mannoni publie, toujours dans la maison d’éditions Héloïse d’Ormesson, collection Controverses, Coulée brune – Comment le fascisme inonde notre langue. Dans une interview en accès libre, par Edwy Plenel qui laisse de l’espace à son interlocuteur, Olivier Mannoni explique comment, depuis des décennies, le vocabulaire et les idées distillés par les hommes politiques et les commentateurs peuvent s’immiscer insidieusement dans nos esprits et faire des dégâts. « Hitler était socialiste ; les Ukrainiens sont des nazis ; le Rassemblement national n’est pas un parti d’extrême droite, etc. » On pourrait aussi rajouter cette provocation du « grand » intellectuel, Éric Zemmour, sur Pétain qui « a sauvé des juifs français. »
… lire des livres et lever la tête de nos écrans et des applications qui alimentent, avec leurs algorithmes biaisés, la propagande.

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