Moi, présidentE de la République

Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirselles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l’homme deux fois plus grande que nature.
Virginia Woolf | Un lieu à soi, 1929

Le monde politique se ferme aux femmes. C’est LE moment de l’ouvrir.(*)

(*) Moi, présidentE de la République, j’aurai probablement besoin de contre-pouvoirs forts car j’ai un penchant certain pour l’autocratie.

crédit photo : megan watson

couronne blanche suspendue par de fins fils blancs sur fond bleu pétrole

Je ferai rentrer enfin nos institutions, nos acteurs politiques et celles et ceux qui aspirent à gouverner dans le XXIe siècle.
J’accorderai moins d’importance aux hommes et femmes de cabinet, intrigants et intrigantes de couloirs, de coulisses, adeptes de «  rendez-vous de parking », se choyant, se complaisant dans l’entre-soi, se recrutant de promotions en promotions, de crainte d’être confrontés à des idées nouvelles.
Je placerai les diplômés des supposées grandes écoles à des postes d’exécution, pour des missions chronophages, et je réserverai les postes de décisions aux universitaires, à de véritables économistes, à des scientifiques, chercheurs en médecine, en mathématiques, en physique et autres domaines à haut potentiel intellectuel. Comme il n’y a pas – plus ? – de visionnaires dans la classe politique, il est temps de placer à des postes importants des personnes qui comprennent ce que sont les sciences, les statistiques, les modèles, des personnes qui ne se sentent pas perdues face à des documents de la recherche scientifique.
Il est temps de renouveler les pensées qui, transmises par de vieux professeurs, anciens ministres, conseillers « de cour » ou journalistes dans les instituts d’études politiques, les écoles de commerce et d’ingénieur, sont restées envasées au siècle dernier.
Je combattrai les réflexes pavloviens et j’inciterai à la pensée contre soi, contre sa caste.
J’accorderai ma confiance à celles et ceux qui exercent leur esprit critique.

J’attribuerai mon premier budget à la lutte, sans relâche, sans fausses promesses, contre les violences exercées sur les femmes et les enfants, à la lutte contre le contrôle coercitif exercé sur eux par de nombreux hommes, avec la complicité de nos institutions, à la lutte sans relâche contre le silence assourdissant.
J’associerai les acteurs de la vie économique aux débats et aux actions qui seront mises en oeuvre. Je m’engagerai à ce que cet immense problème systémique sorte du champ des faits divers qui font parfois l’ouverture de certains journaux, sans en avoir une vision globale. Une vision politique. La violence exercée contre les enfants et les femmes n’est pas une affaire privée. Elle nous concerne TOUS et toutes.
Je favoriserai la pédagogie en y impliquant tous les membres du gouvernement mais aussi les associations, les institutions pénitentiaires, le monde médical, l’institution judiciaire, les établissements d’enseignement, tous témoins des dégâts et des souffrances.
Je demanderai la création d’un groupe d’études, au sein du conseil d’analyse économique, constitué des meilleurs statisticiens pour évaluer strictement, dans tous les domaines, le coût genré des violences sur la société. Les hommes représentent près de 97% des détenus. Ils sont à l’origine de presque la totalité des accidents, des meurtres, des agressions physiques – on ne parlera pas des agressions verbales -, et j’envisagerai une fiscalité discriminatoire.
Nous sommes actuellement sur une ligne de crête, après seulement quelques années de mouvement #metoo, avec un masculinisme de plus en plus prégnant dans la société, qui touche les femmes comme les hommes.
Une société qui se laisse gagner par la violence, qu’elle agisse dans la sphère privée ou dans le monde institutionnel, est une société corrompue et affaiblie.
Les femmes et les enfants, messieurs, ne sont pas vos exutoires.

Je serai sensible aux analyses de vrais économistes, chercheurs formés à l’université, et non aux commentateurs et à leurs intuitions « au doigt mouillé », diplômés d’écoles de commerce ou d’instituts d’études politiques, usurpant les places des économistes.
Je serai vigilante sur l’utilisation des recettes publiques et je demanderai à la ministre de l’Économie de veiller à la sélection des plus compétents à Bercy. Pas d’aides publiques sans conditions ni contreparties. Il est temps de mettre en place et de former des équipes pour veiller à une utilisation efficiente des subventions accordées aux entreprises. J’y associerai évidemment le monde économique et je poserai une seule question, une question fondamentale :

quel montant attribué pour quelle action bénéfique à l’ensemble de la société ?

Je rendrai comptables les entreprises privées et publiques des externalités négatives sur l’environnement et, à aucun moment, je ne consacrerai une partie de l’argent public à réparer les dégâts des activités dommageables des entreprises, comme l’artificialisation et la pollution des sols, ou à régler des salaires.
Si les affaires publiques ne sont pas que chiffres et statistiques, je demanderai néanmoins à ce que soient identifiées les compétences au sein de la fonction publique afin de constituer des équipes hautement qualifiées. Les résultats de l’évaluation des politiques publiques doivent être diffusés – vulgarisés – auprès de nos concitoyens. Les contrevérités sur les véritables fraudeurs, majoritairement des professionnels et non des usagers, doivent être combattues.

Je résisterai aux mesures populistes qui consistent à réduire le train de vie des élus. Je ferai en sorte qu’ils aient des indemnités dignes pour le temps et l’énergie qu’ils consacrent au service de leurs concitoyens. Je proposerai des montants tels que la tentation de la corruption soit réduite – elle ne sera jamais nulle -, et je me préoccuperai en priorité de celles des conseillers municipaux. En contrepartie, spécifiquement pour les parlementaires, j’inciterai à l’application des règlements intérieurs des deux chambres sur la prise en compte financière de l’absentéisme.
D’aucuns réclament l’abrogation du non-cumul des mandats, ce à quoi je m’opposerai. Fermement. Nul n’a besoin d’être maire, président de région ou de département pour comprendre ses électeurs. Les sénateurs et les députés pourront utiliser à cette fin leurs indemnités de représentation ou de frais de mandat pour ouvrir une permanence parlementaire et recevoir les électeurs. Les contrôles sur l’utilisation des deniers publics seront multipliés afin de lutter contre toute tentative de profit personnel.
Pas très populaire parmi les hommes et femmes politiques français, pourtant appliqué dans d’autres pays, je m’attacherai à limiter le nombre de mandats d’un élu ou d’une élue. Personne ne doit se sentir indispensable. La politique – quoiqu’on l’entende souvent – n’est pas un métier. C’est une mission. Ce doit être un contrat entre l’élu et les électeurs, un contrat à durée bien déterminée.
Enfin, je m’appliquerai à dissuader les personnes au casier judiciaire chargé de prétendre à des fonctions impliquant une relation de confiance absolue avec les citoyens.

J’inciterai non seulement le monde de l’éducation nationale mais aussi le monde du travail à former les élèves et les citoyens à l’esprit critique. Savoir recouper les informations et identifier celles qui se basent sur des faits et non des opinions.
Le monde de l’intelligence artificielle prend une place conséquente dans nos vies personnelles et professionnelles, et il est primordial que nos concitoyens comprennent les outils qu’ils utilisent. Il est fondamental – pour leur indépendance, pour leur émancipation – qu’ils sachent reconnaître les manipulations – des entreprises, d’autres États, de leurs propres gouvernants – sur leurs réflexions.
Leur liberté en dépend.
Le confort et la facilité – via des écrans hypnotisants – ne sont pas un projet.

Dans un monde qui n’en a toujours pas fini avec la règle du «  prétendu plus fort » – probablement le plus faible et le plus vociférant -, je privilégierai dans nos écoles primaires et tout le long des études une «  éducation européenne ». Les valeurs que nous partageons avec nos voisins sur le continent doivent êtres celles qui prévalent sur la planète : égalité, fraternité, respect des différences, et… liberté.

Liberté. Je m’opposerai à tout discours sécuritaire se nourrissant des sentiments d’insécurité de nos concitoyens. Je m’opposerai à tout système fantasmé par certains de mes opposants, hommes et femmes politiques faibles, d’une surveillance des populations. Liberté.

Liberté. En ces moments sombres de retour des gloutons, des indifférents, des haineux, des sous-doués, je privilégierai l’attention aux autres et je ferai tout ce qui est possible pour garantir à nos concitoyens leur… liberté.

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