Les femmes en prison | Double peine – #suite

Et les femmes, comme nous sommes que 3,6% de la population carcérale, on est un tout petit groupe, de même pas 3000 personnes […], donc on pourrait croire qu’on soit récompensé de se tenir si bien. Eh bien, non.
Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) sur France Culture | à 5′ 35

En pleine crise internationale – Ukraine, Israël-Gaza -, alors que les suprémacistes de la Maison – très – Blanche rivalisent de coups bas, de harcèlement, de menaces envers celles et ceux qui veulent se mettre en travers de leur autoroute, ici, dans notre « douce France », c’est la bataille des égos masculins en vue des prochaines élections présidentielles. J’écris bien « masculins » car s’il y a une constante et un point commun aux quatre coins de notre planète, c’est la « remise » au placard des ambitions politiques des femmes.
Cela ne vous étonnera guère, on ne se lance pas à la figure des idées novatrices et réjouissantes pour notre vie ensemble, pour un débat démocratique et constructif. Non. Nous assistons à des batailles de petits coqs au sein du gouvernement ou du même parti politique. Rien de neuf. Ces messieurs sont restés scotchés au XXe siècle.
En ce moment, deux ministres aux ambitions présidentielles bombent leur torse d’adolescent pubère et rivalisent de mesures et de propos les plus liberticides, ou répressifs, pour flatter – peut-être – les ressentiments de leurs concitoyens.
Il y a quelques jours, j’évoquais dans cet article, cette double peine des femmes qui subissent les violences masculines et qui doivent néanmoins participer également au financement des réparations des dégâts occasionnées, humains ou matériels. Elles sont aussi celles qui soignent les bourreaux et leurs victimes.
C’était l’occasion d’évoquer brièvement les statistiques dans les prisons et de souligner la très faible présence des femmes dans les établissements pénitentiaires. Compte tenu des différentes études sur le sujet, notamment leurs délits et crimes, on serait en droit de penser qu’elles pourraient être encore moins nombreuses, et pour des peines moins lourdes.
C’est oublier – un très court instant – que la misogynie s’incruste aussi dans les mondes judiciaire et pénitentiaire.
Malgré un comportement des femmes en grande majorité exemplaire, on observe un traitement plus sévère lorsqu’il s’agit de prisonnières tant dans la condamnation que dans leurs conditions d’emprisonnement.
Petit tour pénitentiaire.

crédit photo : ilona panych

Selon les pays, le pourcentage des femmes emprisonnées varie de 2% à 9% de la population. Certains qualifient même les prisons comme des « maisons d’hommes », ces établissements exhalant principalement la testostérone.
Ces femmes condamnées à des peines d’emprisonnement présentent peu ou prou un profil identique : elles sont seules, souvent mères, et viennent d’un milieu très défavorisé.
Les délits ou crimes pour lesquels elles doivent répondre devant la société sont liés au trafic de drogue – pour beaucoup d’entre elles, elles servent de mules pour des hommes qui font leurs bénéfices, encore, sur le corps des femmes, ou pour des délits mineurs tels que l’atteinte aux biens.
Plus que les hommes, elles ont depuis leur enfance vécu des ruptures et subi des violences.

Selon l’Alliance Internationale des Femmes, « Il y a quelques facteurs communs à la détention des femmes : dans l’ensemble elles ont commis des délits mineurs non violents. Elles viennent de milieux sociaux désavantagés et marginalisés. Elles souffrent de désordres mentaux, d’alcoolisme ou d’addiction à la drogue. La détention des femmes est souvent liée à la pauvreté, qui d’une part est cause de délinquance et d’autre part les prive de la capacité financière à accéder aux services légaux, à payer une amende ou une liberté sous caution.»
Double peine.
Paradoxalement, dans certains pays à la législation misogyne, des femmes se retrouvent en prison afin de les protéger. C’est notamment le cas dans les pays où le crime d’honneur est répandu. Toujours d’après les études de l’AIF, « Par exemple, en Jordanie les femmes étaient à risque d’être victimes de crimes d’honneur et pouvaient être gardées en prison jusqu’à 14 années. La détention peut aussi avoir pour but d’assurer le témoignage des femmes.»
Elles peuvent être emprisonnées car elles sont considérées comme ayant un comportement immoral, ne correspondant pas aux traditions et aux principes religieux de certains pays – aux États-Unis, dans une majorité d’États, des femmes ayant avorté, ou ayant aidé d’autres femmes à avorter sont condamnées et emprisonnées -, ou des femmes au comportement adultère lorsque pratiquement toujours elles ont été violées. Quid du partenaire ? Certains sont aussi « punis » mais beaucoup restent en liberté.
De victimes, elles sont jugées coupables.
Double peine, on vous le martèle.

Puisque les femmes se retrouvent pour la plupart dans un établissement « monosexuel », les règles sont masculines.
En France, il n’existe que deux prisons qui « accueillent » exclusivement des femmes : le centre pénitentiaire pour femmes de Rennes et la maison d’arrêt pour femmes de Versailles.
Selon l’Observatoire International des Prisons, en France, : « La stricte séparation des lieux d’hébergement des femmes et des hommes s’accompagne en théorie d’une possibilité de participer à des activités mixtes. Dans les faits, les « quartiers femmes » au sein des établissements qui accueillent des hommes et des femmes sont généralement enclavés, isolés du reste de la détention, ce qui rend l’accès aux différents services – comme les services médicaux, la formation ou les ateliers – plus difficile pour les femmes. Et ce d’autant qu’elles doivent être accompagnées dans tous leurs déplacements. Dans ces établissements, les femmes n’ont donc, en pratique, pas accès à la majorité des activités, d’abord pensées pour le plus grand nombre : les hommes.»
Les femmes en prison mixte sont doublement enfermées.

Le matin, quand je me réveille, il y a ces quelques secondes avant que je ne réalise où je suis. Et puis je m’en rends compte, et je ne peux plus respirer. J’ai envie de pleurer, de balancer des trucs et de me suicider. Quand est-ce que ça s’arrête ?
visage de femme les mains doigts écartés sur les yeux

Pour des besoins simples d’hygiène (protections menstruelles) ou des besoins en soins psychiatriques, là aussi l’administration pénitentiaire fait défaut. Les femmes qui rentrent dans ces quartiers ont pour leur grande majorité subi inceste, viols, et autres violences physiques et psychologiques, et elles nécessitent – plus que les hommes détenus – une aide psychiatrique. Elles sont pourtant laissées à leurs peines, à leurs souffrances sans que cela n’émeuve qui que ce soit si ce ne sont les rares personnes et associations qui les visitent, qui les accompagnent, à qui ponctuellement comme à Dominique Simonnot on donne la parole dans les médias.
Double peine.

Si l’ONU s’inquiète des conditions de détention des femmes dans le monde entier, la montée des extrémismes (Taliban, MAGA, Fidesz, Fratelli d’Italia, etc.) et les politiques pénitentiaires des différents pays – dont la privatisation des prisons – n’augurent en rien d’une amélioration de la détention des prisonniers dans leur ensemble – surpopulation, grande vétusté des édifices, entre autres peines. Elles n’augurent en rien une amélioration car le ressentiment est là, les « bons » citoyens sont toujours en demande de condamnations de plus en plus sévères.
C’est toujours « crimes et châtiments » sans qu’aucun d’entre nous ne pense réhabilitation. Je le répète, les hommes politiques français sont tous restés au XXe siècle.
Le goût des électeurs du monde entier – sans qu’ils ne comprennent exactement de quoi il retourne – pour des candidats aux politiques de plus en plus illibérales empêche une réflexion apaisée sur le sujet. Vengeance, vengeance, vengeance.
Des ministres, en compétition sur « qui sera le chef », réussissent à faire croire à un potentiel électorat que les détenus ont une vie de rêve en prison – massages, soins du visage, et autres loisirs que le Français moyen ne peut pas s’offrir.
Les femmes en prison sont les grandes oubliées de tout ce système qui doit être pensé et repensé, en ayant toujours en tête qu’elles ne représentent qu’un nombre infime des prisonniers, et que souvent elles sont recluses et envoyées aux oubliettes pour des crimes et délits effectués en réaction aux violences subies dès leur naissance.
Double peine.

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