Je dis la vérité et ils me traitent de fasciste, de raciste, de populiste odieux, répugnant, mauvais et xénophobe.
Restons en Italie. Dans quelques jours, le conclave se réunit pour élire un successeur à François. Derrière les lourdes portes, les trahisons et les tractations vont se poursuivre. Ils sont nombreux à souhaiter accéder à la fonction suprême dans le métier, et peu à l’avouer. C’est sans compter sur la chose orangée outre-Atlantique. Alors que la presse l’interrogeait sur le nom d’un successeur au Vatican, l’agent immobilier new-yorkais – avec le vocabulaire étendu qu’on lui connaît – a déclaré : « Comme pape ? J’aimerais bien être le pape. Ça serait mon choix numéro 1 ». Voilà.
En 2017, quelques jours avant l’investiture de Donald Trump, pour son premier mandat – nous étions à mille lieux de penser que les Américains récidiveraient huit années plus tard -, la blonde nationale faisait le pied de grue dans le hall de la Trump tower. À aucun moment, le président élu américain n’a daigné recevoir celle qui prétend diriger le parti majoritaire français. A l’époque, elle courtisait les tyrans au pouvoir et ne tarissait pas d’éloges sur des autocrates tels que le dirigeant russe.
La chose orangée a donc réussi l’exploit de se faire élire pour un second – et dernier ? – mandat. Cette fois-ci, la dirigeante d’un des partis d’extrême-droite français, certes préoccupée et confrontée à la justice après onze très longues années de combines pour repousser le procès du détournement de l’argent public des contribuables européens, est discrète.
Au Canada, les ambitions territoriales et économiques du colporteur de la Maison-Blanche sur son voisin ont réveillé le patriotisme de ses citoyens qui faisaient la risée des séries américaines sur leur gentillesse et leur naïveté.
En Europe, avec des profils bien différents comme ceux de Meloni (Fratelli d’Italia, Italie), d’Orbán (Fidesz, Hongrie), du duo Le Pen&Bardella (Rassemblement National, France), ou de Weidel (Alternative für Deutschland, Allemagne) et des réactions contrastées de ces dirigeants, peut-on envisager que les politiques malfaisantes, délétères, perverses du représentant commercial luisant et de ses sbires puissent être un repoussoir pour des électeurs européens tentés par les partis politiques d’extrême-droite ?
crédit photo : ilona panych
Les Canadiens se rebellent
On dit que Donald Trump – connu pour sa rancœur – a gardé le souvenir d’un épisode humiliant d’un sommet du G7 lors de son premier mandat. Justin Trudeau, alors premier ministre du Canada, avait été surpris se moquant du dirigeant narcissique de la première puissance économique du monde. Une personnalité relativement équilibrée n’envisagerait pas pour cette raison d’envahir et de s’approprier le territoire du pays voisin et allié depuis de nombreux lustres, engagé dans des combats qui n’étaient pas les siens mais ceux des États-Unis. Une personnalité relativement équilibrée n’envisagerait pas pour cette raison encore de contraindre son partenaire économique dans ses échanges commerciaux en menaçant de droits de douane au taux ridiculement élevé.
C’est sans compter sur l’admiration que porte Donald Trump sur cette période dite dorée, « the gilded age » sur laquelle il fantasme sans y connaitre quoi que ce soit. Et c’est avec pertinence que Shlomo Ben Ami, ancien ministre des affaires étrangères israélien, dans une tribune au journal Le Monde, écrit ceci : « De même, Trump justifie son utilisation de droits de douane élevés en les présentant comme l’une des caractéristiques de l’« âge doré » américain, période au cours de laquelle l’industrialisation rapide a alimenté la prospérité aux Etats-Unis. Or, ici encore, le président américain fait référence à un passé – de la fin des années 1870 jusqu’au début des années 1900 – au cours duquel le poids des Etats-Unis était encore modeste. Puissance économique montante, le pays était loin d’être au sommet de sa richesse. Et, à cette époque, les inégalités économiques atteignaient leur paroxysme ».
De même, il ajoute, lorsqu’il évoque la doctrine de James Monroe, cinquième président américain, : « Lorsque le président James Monroe (1758-1831) proclame, en 1823, que l’hémisphère ouest correspond à la zone d’influence exclusive des Etats-Unis, le pays est encore loin du statut de puissance mondiale. Et bien que cette doctrine ait été évoquée depuis lors pour justifier les interventions et l’impérialisme de l’Amérique, la vision originelle de Monroe visait à tenir à distance le colonialisme européen – certainement pas à sous-tendre les velléités trumpiennes de souveraineté des Etats-Unis sur le Canada, le Groenland et le canal de Panama, qui légitiment par ailleurs les tentatives d’autres puissances (Israël et la Turquie en Syrie, la Russie en Ukraine…) cherchant à s’emparer de territoires par la force ».
Le Trump d’aujourd’hui n’est pas le même qu’avant. Il est plus unilatéraliste, plus isolationniste, plus agressif qu’avant. Avant, il [voulait] une partie de nos marchés. Maintenant, il veut notre pays.
En baisse sensible dans les sondages d’opinion et en conflit interne au sein de son propre parti – le Parti libéral du Canada – Justin Trudeau a annoncé sa démission deux semaines avant l’investiture de Donald Trump pour son second mandat. Mark Carney, un économiste, ancien gouverneur de la banque du Canada mais aussi – plus original – de la banque d’Angleterre lors de la crise financière des subprimes en 2007-2008 a gagné l’investiture du Parti et aurait dû être en difficulté face à Pierre Poilièvre du Parti conservateur dont on ne questionnait même plus depuis deux ans la victoire mais son ampleur. Le Parti libéral peut remercier son voisin narcissique à la belle chevelure car il a servi de repoussoir aux électeurs canadiens qui ont failli donner la majorité absolue au successeur du fils de Pierre Elliott Trudeau, 15e premier ministre du Canada…
Ainsi, avant les interventions tonitruantes et menaçantes de Donald Trump, les conservateurs n’avaient aucun doute et marchaient dans les pas d’un nationalisme conservateur, anti-progressiste – aaah, le bon vieux temps – mais pendant la campagne des élections fédérales, ils ont dû se détacher des politiques incohérentes, cupides et dangereuses du « grand stratège » orangé pour éviter la fuite d’électeurs modérés. Ces derniers d’ailleurs, compte tenu des sondages favorables pour les conservateurs, avaient été négligés.
On ne peut que féliciter le président américain qui a réveillé les Canadiens et a servi d’épouvantail.

Les groupies européennes trahies
En Europe, les sondages soulignent que les citoyens du Vieux continent sont en grande majorité réfractaires aux politiques américaines actuelles et à son initiateur. Il n’est pas sûr qu’hormis le vendeur de voitures électriques nazi et le président, ils puissent nommer d’autres acteurs du chaos et de la haine. Qu’en est-il de J.D. Vance, poupée de Peter Thiel, un fanatique de la surveillance, qu’en est-il de Marc Andreessen ou encore de Kevin Roberts, actuel président du laboratoire d’idées Heritage Foundation et de son projet 2025 ? Tandis que le clown fait diversion avec ses performances de « baby boy », ces messieurs sont prêts à installer leur plan nationaliste, autoritariste et réactionnaire.
En Italie, la présidente du Conseil, s’est vantée d’entretenir une relation privilégiée avec le « bouffon sous kétamine » – expression du sénateur Claude Malhuret dans un discours fameux jusqu’aux États-Unis. Sa visite, prétendument au nom de l’Union européenne, il y a quelques semaines à la Maison-Blanche, « a fait pschitt » et la déchéance du concessionnaire automobile n’arrange pas ses affaires. En ce moment, la dame est plus occupée à récolter les lauriers de mesures économiques d’austérité qu’avait mises en œuvre son prédécesseur, Mario Draghi, et dont elle a dupliqué le principe. Les Italiens sont atlantistes traditionnellement, et le rôle privilégié qu’elle est supposée entretenir avec la clique MAGA, n’aura pas d’impact sur de futures élections. Seules ses propres mesures d’austérité pourraient lui coûter.
En Hongrie, l’électeur a le choix dorénavant entre deux partis politiques : le Fidesz, co-fondé par notre désormais célèbre marchand de tapis européen, le corrompu Viktor Orbán, et le Tisza – Parti Respect et liberté – créé par Peter Magyar, un ancien de l’entourage du premier ministre, et dont le programme est de défaire, entre autres, les politiques liberticides du pouvoir en place. Le concurrent est sérieux, et cela n’a rien à voir avec un effet Trump. Les Hongrois sont fatigués d’une classe politique corrompue, d’une élite de personnes enrichies par le pouvoir, d’un coût de la vie très élevé. Un scandale de pédophilie pardonné en haut lieu a provoqué la démission de la présidente, Katalin Novak, et de la ministre de la Justice, Judit Varga, ex-épouse de Peter Magyar. Vous suivez ? Ce scandale, pour Viktor Orbán, qui vante tant les valeurs familiales, est un boulet qu’il risque de ne pas faire oublier avant les prochaines élections législatives censées se tenir en 2026. L’autocrate agrippé, comme ses amis Trump et Poutine, au pouvoir et sentant sa fin politique proche peut d’ici l’année prochaine prendre d’autres mesures de dictateur. Là encore, être un ami de Trump n’apporte pas de points supplémentaires. Il n’en retire pas non plus.
Série Veep – Quand l’incompétence était une fiction…
En Allemagne, le parti Alternative für Deutschland a été qualifié ce week-end de « parti extrémiste de droite confirmé » par le service allemand de renseignement. Il est dirigé par Alice Weidel dont on apprend que le grand-père était un juge militaire nazi. Et avec la même position qu’Elon Musk intervenant lors d’un des meeting du parti avant les élections législatives allemandes anticipées du début de l’année, « […], Alice Weidel se place comme une victime de la « culpabilisation » permanente des jeunes allemands vis-à-vis d’un passé sur lequel ils n’ont aucune prise ». Interférence de l’homme le plus riche du monde, qui a bâti sa fortune sur les idées des autres, dans une campagne électorale d’un pays européen. Sidération sur le Vieux continent. Trois semaines plus tard, les Européens lors de la Conférence de Munich avait le droit à une leçon sur la liberté d’expression et les atteintes à la démocratie dans notre construction européenne par le vice-président américain, marionnette de Peter Thiel pour rappel. On pourrait en rire s’il n’y avait pas un plan d’ingérences, plus ou moins bien organisé, derrière ses interventions déplacées. Il n’est pas sûr qu’Alice Weidel et ses acolytes souhaitent un nouveau soutien des dangereux américains, car si son parti a fait un score important aux dernières élections législatives, score prévu par les sondages, les immixtions étrangères ont probablement refroidi une part de potentiels électeurs. Dans ce cas, il y a peut-être eu un effet Trump, repoussoir.
Enfin, en France, le couple Le Pen-Bardella. Il était déséquilibré jusqu’aux déboires judiciaires de la patronne. Désormais, après avoir affirmé spontanément – un cri du cœur… ou du portefeuille ? – que le poulain n’était pas encore mature pour la remplacer au cas où elle serait définitivement condamnée et qu’une peine inéligibilité l’empêche de se présenter aux élections présidentielles de 2027, l’idée est lancée mais est-elle coordonnée par les deux camps ? On en a déjà parlé, le Rassemblement national et ses dirigeants – malgré l’aller-retour express de Jordan Bardella à la Convention des conservateurs américains, CPAC, en février – savent lire les sondages et ont bien compris qu’une personnalité comme Trump est détestée par les Français dans une large majorité, notamment par leurs électeurs, en tout cas ceux de Le Pen, peut-être pas ceux de Bardella. Les appuis se font discrets et les contradictions se multiplient. Comme si ce parti avait besoin d’être encore plus confus. Ici, l’effet Trump est peut-être un vaccin à un vote populiste, en partie.
Alors… Trump, un antidote aux idées nauséabondes ?
Il ne suffit pas comme au Canada de prendre comme repoussoir Donald Trump, et d’en user pour mettre en avant de son côté un autre nationalisme. Mark Carney est sans doute attendu au tournant par des Canadiens qui, quelques mois auparavant, étaient prêts à accorder leur confiance au parti conservateur. En France, il semblerait que les événements internationaux troublants et effrayants attribueraient quelques points de popularité à un président conspué il y a peu du fait de décisions de « grand stratège » du type de celles d’un ancien premier ministre, Dominique de Villepin, qui rêve, lui aussi, en se rasant. Soupirs…
Donald Trump peut être un épouvantail contre des populismes en Europe mais les victoires aux élections devraient se mériter non pas en récupérant des déçus mais en travaillant et en proposant aux citoyens une vision, des politiques cohérentes et solides, et non pas imaginées « au doigt mouillé », ce à quoi on assiste aujourd’hui.
Les partis politiques aux idées conservatrices, nationalistes, anti-progressistes, sont en embuscade. Trump ou non, ils peuvent pour des décennies anéantir nos démocraties.


