Petit tour d’Europe – Berlin, Rome et Varsovie

L’influence extérieure constitue un danger pour la démocratie, qu’elle soit secrète, comme cela s’est révélé récemment lors des élections en Roumanie, ou ouverte et non dissimulée, comme c’est le cas actuellement, de manière particulièrement intensive, sur la plateforme X.
Frank-Walter Steinmeier, chef d’État allemand – 27 décembre 2024

Les auditions des commissaires européens – le nouveau cru – se sont déroulées du 4 novembre 2024, veille du rendez-vous électoral outre-atlantique qui captait tous les regards, jusqu’au 12 novembre. Les eurodéputés étaient censés vérifier que les commissaires désignés par les pays membres de l’Union européenne aux diverses responsabilités étaient compétents pour le job. On murmurait, dans les couloirs du Berlaymont – immeuble de la Commission européenne – que certains commissaires candidats risquaient de ne pas survivre à leur audition. Manifestement, des tractations ont eu lieu derrière les portes car aucun d’entre eux n’a été évincé. On a juste réduit des portefeuilles pour convenir aux réticents.
Dans un contexte de consolidation des partis d’extrême-droite et de recomposition des alliances au sein de groupes politiques, la Présidente Ursula von der Leyen aura probablement un second mandat encore plus tourmenté que le premier marqué par la guerre en Ukraine – toujours en cours – et la pandémie de Coronavirus.
Ce n’est peut-être pas le moment idéal pour nous fâcher, au risque de laisser entrer dans la bergerie des hommes et des femmes aux intentions – de moins en moins cachées – de détricotage des politiques européennes, celles qui ne servent pas les intérêts des capitaines d’industrie voraces et cupides, milliardaires, qui seraient bien heureux de continuer à grossir aux dépens du reste du monde.
Faisons une virée germano-italo-polonaise pour donner des nouvelles de nos voisins.

Les élections législatives allemandes anticipées sont prévues pour la fin de ce mois de février, le 23.
Olaf Scholz conduisait une coalition dite des feux tricolores – rouge pour les sociaux-démocrates, vert pour les écologistes et jaune pour les libéraux – qui a éclaté à la fin de l’année dernière. L’équilibre était fragile, les budgets étaient chaque fois durement négociés. Boris Pistorius – ministre de la Défense – était, si l’on en croit les sondages, préféré par les allemands à Olaf Scholz qui a pourtant choisi de s’accrocher.
Si les sondages donnent le candidat de la droite – Friedrich Merz – et son parti, la CDU – Union Chrétienne Démocrate – en tête avec 30% d’intention de vote, le suspense demeure quant à la composition de la GroKo (große Koalition – large coalition), spécialité germanique.
Avec quels adversaires politiques le prochain chancelier va-t-il gouverner? Avec le Parti Social Démocrate – centre gauche – et les Verts crédités de respectivement 16% et 13% des intentions de vote ? Ou avec l’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) – créditée de 20% des intentions de vote, qui bénéficie du soutien du nazi sud-africain, celui qui murmure à l’oreille de Donald Trump. Les appels du pied ont déjà commencé par l’adoption d’un texte déposé par la CDU, sur l’immigration et le durcissement de la loi, avec la complicité des votes de l’extrême-droite, l’AfD.
Ce week-end, les allemands, 250 000, se sont mobilisés, et sont descendus dans la rue pour signifier leur rejet des thèses du parti dont les membres ne renient pas leurs racines nazies.
La GroKo, à l’origine, était l’association du centre droit, la CDU, et du centre gauche, le PSD. Or, ces dernières années, le centre droit allemand – comme en France – a durci ses positions, s’est radicalisé, devient de plus en plus conservateur, censeur, et marche sur les plates-bandes de l’extrême-droite se persuadant que les citoyens sont en demande de ce type de politiques.
Lors d’un débat, hier soir, dimanche 9 février, entre le chancelier allemand et le chef de file de la CDU, Friedrich Merz, ce dernier s’est défendu de penser à toute forme d’accord, de co-gouvernance avec l’AfD : « Qu’il s’agisse de l’Europe, l’OTAN, l’euro, la Russie, l’Amérique, il n’y a aucun point commun entre l’AfD et la CDU-CSU, aucun accord et aucune connivence ».
Et l’Afd sera le « loup dans la bergerie » des Américains via le raciste et misogyne sud-africain… et des Russes lorsque l’on apprend qu’il y a quelques jours, en Allemagne, est apparue une galaxie de centaines de sites pro-AfD, réalisée par… un seul homme américain… et pro-Poutine, grâce à l’Intelligence Artificielle.

Vu d’Italie, je me dis que les Français n’ont pas idée de ce qui va leur arriver.

Du côté italien, la présidente du conseil, Giorgia Meloni, – louve dans la bergerie européenne – cumule les ennuis et les scandales, et fustige la justice de son pays qui essaie de résister aux atteintes à l’état de droit, aux décisions géopolitiques guidées par l’obsession du migrant et le racisme.
Tandis que les journaux français considèrent que le parti politique de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, est un parti de droite radicale, force est de constater qu’elle brouille les pistes. Il ne faut JAMAIS oublier d’où elle vient, par qui elle est entourée et sa blondeur comme celle de la cheffe de l’extrême-droite française ne doit pas faire illusion.
Elle est confrontée à plusieurs scandales, liés surtout à sa politique raciste et anti-migrants. Mais pas que. Elle n’aime pas trop les journalistes non plus. Et elle met en place sa politique conservatrice notamment sur la santé reproductive des femmes. Un comble.
Le milicien libyen, Osama Najim, recherché par la Cour pénale internationale, pour crimes de guerre dont des actes de torture et des viols, a été relâché et transféré à Tripoli. On suppose des négociations entre Rome et Tripoli pour retenir en Libye le plus possible d’éventuels candidats à la migration. Comme le souligne l’écrivain Roberto Saviano dans l’interview, « Cette affaire est un exemple typique de la propension du pouvoir italien à résoudre ses problèmes en négociant avec des criminels. Il y a décidément une vocation mafieuse dans ce pays. »
Madame Meloni, très remontée, fait donc l’objet d’une enquête par la justice de son pays.
Il y a quelques jours, pour la seconde fois, les juges italiens ont tranché en défaveur de sa politique d’exportation des migrants en Albanie. C’est un second camouflet, preuve que la justice du pays fonctionne encore. Ils ont renvoyé le cas de plusieurs personnes migrantes, renvoyées d’Albanie en Italie, devant la Cour de justice de l’Union européenne.
L’élection du désormais dictateur américain ouvre les vannes. Chacun se lâche, et une partie de la population haineuse va suivre. La peroxydée n’a pas attendu le retour de son nouvel ami au pouvoir pour porter atteinte à la démocratie de son pays.

La Pologne a succédé à la Hongrie pour la présidence du Conseil de l’union européenne.
D’aucuns pensent que c’est un bon « timing » avec le retour de Trump au pouvoir. Un Trump plus énervé et déterminé que lors de son premier mandat car cette fois-ci, ceux qui tirent les ficelles de la marionnette orangée ont travaillé et rédigé un projet funeste pour le reste du monde.
Nous savons Donald Tusk pro-européen et démocrate. Nous connaissons aussi les Polonais pro-américains. Or Trump, selon certains journalistes, apprécierait la Pologne car ses citoyens lui avaient réservé un accueil chaleureux lors de son premier mandat. Pendant très longtemps, tout en acceptant dans leur club les pays d’Europe centrale, la France, un peu moins l’Allemagne, et les pays de l’Europe de l’Ouest avaient négligé les pays naguère sous le joug soviétique. Du mépris flottait dans l’air. Les États-Unis en ont profité, légitimement.
Donald Tusk a une longue expérience européenne et une excellente réputation dans nos institutions. La Pologne est une bonne élève de l’OTAN car elle consacre 5% de son PIB à sa défense. Il entretient de très bonnes relations avec Ursula von der Leyen et Mark Rutte, le nouveau secrétaire général de l’OTAN. Les Polonais ne font pas non plus la différence entre les États-Unis et l’Union européenne. Pour eux, ce sont des territoires démocrates. À la frontière russe, ils savent estimer le danger que parfois nous ne voulons pas voir.
Les deux acolytes du triangle de Weimar, Emmanuel Macron et Olaf Scholz, sont affaiblis. Le chancelier allemand risque de disparaître de la carte politique.
Donald Tusk pourrait être l’interlocuteur privilégié du président américain, qui déteste Bruxelles, Giorgia Meloni ayant un handicap aux yeux de cette meute de virilistes, elle est une femme. Quant à Viktor Orbán après beaucoup – trop ? – de zèle, il n’est plus cité par son « ami » de Floride.
L’autre Donald pourrait être celui qui saura défendre l’Union européenne face à une Amérique cupide et sans filtres. Même après la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne. Les cartes vont être rebattues, et le centre de gravité pourra se déplacer vers l’Europe de l’Est, qui prendra sa place.

Pendant ce temps…
… après plus de huit mois de négociations, c’est le parti nationaliste La Nouvelle Alliance Flamande (NVA) qui prend la tête du gouvernement belge – aux velléités séparatistes -, et, dans un même nouvel élan mondial, efface les femmes des photographies officielles.
une femme politique, présidente de la région Pays de la Loire, met en œuvre la politique de la tronçonneuse, tant vantée par le président de l’Argentine, Javier Milei, et le nazi sud-africain. Son ancien métier ? Commerciale dans l’immobilier comme la chose luisante américaine. Il serait peut-être temps de se méfier des camelots. En ces temps troublés, les électeurs sont sensibles au populisme et aux bonimenteurs, sans se rendre compte que, tout comme les soi-disant « assistés », ils sont dans le viseur.
… nous applaudissons le gymnaste hongrois, Viktor Orbán, et sa grande souplesse. Il est celui qui dénote dans le trio des nationalistes – italo-slovaquo-hongrois – car il réussit à faire ce que l’on considérait naguère comme un grand écart : être à la fois prorusse et proaméricain. Ces dernières années, car c’est la fête de la testostérone, cela prend tout son sens.
… en Géorgie, en Slovaquie et en Roumanie, les citoyens – au risque de leur vie – se lèvent contre les hommes nationalistes et corrompus au pouvoir.
Aux journalistes français des plateaux de télévision, dont les yeux brillent et les commissures des lèvres bavent, on leur demande d’analyser ce qui se passe en Italie, en Hongrie et en Slovaquie.
On leur suggère aussi de mettre des liens entre les événements et de bien réaliser que les suspensions – temporaires ? – des aides au développement des États-Unis (USAID, Agence des États-Unis pour le développement international) auront des conséquences importantes sur l’accès à l’information.
Pendant ce temps… nous attendons de notre classe politique de réaliser que nous achevons le quart du XXIe siècle.

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